17. RETROUVAILLES & SECONDE DÉLIVRANCE

Le mois de juillet était annonciateur de bonnes nouvelles qui allaient réchauffer mon cœur.

Ainsi, la première se produisit le 2 juillet sur mon lieu de travail, lorsque à midi, je reçus un appel téléphonique du secrétariat de la chirurgienne plasticienne pour m’annoncer que mon intervention de féminisation du visage pouvait avoir lieu dans vingt-deux jours. Elle me demanda si la date me convenait et si je pouvais prendre mes dispositions dans ce délai assez court. Tellement surprise et heureuse, je lui donnais immédiatement mon accord. De son côté, elle se chargeait de me faire parvenir rapidement l’ensemble des papiers dont j’avais besoin pour préparer mon hospitalisation.

Cet événement soudain et complètement inopiné bouleversait et accélérait considérablement la vitesse du déroulement chronologique de ma transition. Le compte à rebours était lancé.

Quant à moi, je suis restée perchée sur mon petit nuage toute la journée, impossible de redescendre, enivrée de joie, je n’arrivais pas à réaliser ce qui m’arrivait ! J’étais juste envahie d’un bonheur intense et frémissais déjà d’impatience. Cette merveilleuse surprise était pour moi un cadeau tombé du ciel.

Très vite, je m’organisais pour faire en sorte d’être totalement prête pour cette nouvelle échéance. J’ai déplacé ma dernière séance de laser et d’électrolyse afin que tout coïncide et se calque parfaitement dans ce laps de temps qu’il me restait. J’ai aussi pris rendez-vous avec ma coiffeuse pour une dernière petite couleur, anticipant le fait qu’après la chirurgie, il me serait impossible de le faire pendant un long moment.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, j’ai eu l’immense joie de découvrir le 8 juillet sur mon téléphone un sms de mon père qui se manifestait pour faire un premier pas vers moi. Cela faisait huit mois et vingt-cinq jours que nous n’étions plus en contact. Le temps avait passé, aujourd’hui, il voulait se rapprocher de nouveau avec un très beau message du cœur : « Bonjour Laureen, c’est Papa, je te souhaite de réussir parfaitement ta nouvelle vie, d’être heureuse et en bonne santé. C’est dur pour moi. Gros bisous et plein de bonheur ».

Émue et touchée par son intention, je répondais rapidement par un autre message accompagné de quelques photos récentes de moi, ouvrant la voie au renouement, établissant ainsi une nouvelle base de dialogue entre nous. Je sentais bien, au-delà de ses mots, la difficulté qu’il éprouvait par rapport à ma situation, semblable pour lui à un deuil de l’enfant passé. Mais l’amour inconditionnel d’un père pour son enfant devait finalement triompher de cette mise à l’épreuve affective.

Nos retrouvailles ont eu lieu dès le lendemain par téléphone.

Très chaleureuses, elles semblaient reprendre spontanément nos conversations là où nous les avions laissées ! Mon père faisait très attention à ne pas me mégenrer et utilisait mon prénom sans jamais commettre la moindre erreur. Je savais que, venant de sa part, c’était un signe indéniable d’acceptation et de tolérance qui me montrait tout le chemin et le travail qu’il avait dû faire sur lui-même pour en arriver là.

Je reconnaissais ses efforts, et lui me reconnaissait enfin !

Ce rapprochement représentait un nouveau départ pour nous deux, une (Re)naissance des cœurs liés bien au-delà du sang, par le sens de l’existence, ce souffle subtil et sacré qui unit les Êtres.

Pour temporiser quelque peu ma fébrilité grandissante et afin de profiter d’un bon moment passé entre copines, je suis partie à une soirée privée organisée à l’occasion des festivités du 14 juillet sur les terrasses des Galeries Lafayette. Avec vue panoramique sur Paris et la Tour Eiffel, ce lieu complètement atypique, baignant dans une ambiance musicale aux couleurs lounge et électro, allait nous transporter dans un voyage à la croisée d’un « Paris by night » façon « Buddha-bar ». J’ai pris beaucoup de plaisir à rencontrer Julia, Clémence, Maëlle, Peach, Fly Ty, Orora, toutes mes sœurs parisiennes. Véritable concentré d’amour sororal, ce groupe d’amies représente à mes yeux l’idéal de la complicité féminine, toujours emprunte de prévenance et animée par la force d’un puissant esprit solidaire.

Trois jours plus tard, je me rendais encore à Saint-Louis, cette fois-ci pour avoir ma consultation d’anesthésie et faire la pré-admission.

Le lendemain, je réalisais la dernière démarche que je souhaitais absolument finaliser avant mon opération, à savoir, récupérer ma précieuse CNI, fruit symbolisant le combat pour la reconnaissance de ma légitimité.

Quelle immense fierté, j’ai ressenti en tenant entre mes doigts cette petite carte plastifiée avec ce « F » apposé sous mon prénom, qui telle une sublime lettrine, scellait et revendiquait ma féminité !

Je n’arrêtais pas de la regarder, comme pour me persuader que tout çà était bien réel et réaliser enfin qu’une page de plus venait de se tourner.

Quand on obtient une chose aussi importante, pour laquelle on a tant attendu et nourri tant de rêves et d’espoir, cela vous plonge dans une sorte d’état de sidération et vous avez besoin d’un certain temps pour admettre que ce qui vous arrive est bien vrai.

Le 23 juillet était arrivé. Je devais rentrer à l’hôpital la veille de l’intervention.

À peine franchie le seuil du hall d’accueil, je recevais un appel du photographe du service de chirurgie me demandant de passer à son petit studio pour effectuer une dernière série de photographies de mon visage. Après quoi, je me dirigeais en direction du service « Fougère 4 ». On m’accompagna jusqu’à ma chambre et, après une présentation rapide, je pris possession des lieux et installai mes effets personnels. Spacieuse, cette chambre individuelle était très bien agencée et comportait une salle de bain avec wc et douche intégrée. Un vrai luxe !

Patiemment, en attendant la visite du personnel soignant, je m’installais confortablement dans un fauteuil avec le livre de mon amie Sandra Forgues « Un jour peut-être … ». Je l’avais spécialement conservé pour qu’il m’accompagne tout le temps de mon séjour. À présent, je pouvais en débuter la lecture et dévorer rapidement les pages de cet ouvrage passionnant et tellement émouvant de par sa sincérité et son authenticité.

Plus tard, j’ai reçu la visite d’une anesthésiste qui me posa quelques questions puis, demanda à l’infirmière Camille de me prélever une numération de référence et RAI (Recherche d’agglutinines irrégulières). Elle me précisa aussi que pour l’intervention et tout le temps de l’hospitalisation, je devrais mettre des bas de contention. Sa dernière question fut en rapport à mon niveau de stress, elle voulait savoir si j’avais besoin d’un anxiolytique pour la nuit. Je lui ai répondu que j’étais confiante et sereine et que je n’en ressentais pas la nécessité.

En fin de journée, on m’expliqua les grandes lignes de l’intervention qui était programmée en toute première position, ainsi que le protocole de la douche préopératoire, accompagné de son kit complet de vêtements à usage unique pour le bloc.

La nuit passa paisiblement.

Réveillée par l’équipe de nuit, je devais me préparer rapidement pour descendre la première au bloc opératoire. Descendue en lit jusqu’à l’immense salle d’attente où les lits s’ajoutaient les uns aux autres au fil des minutes, alignés côte à côte, j’attendais d’être transférée sur un petit brancard et conduite parmi la multitude de salles d’opérations de cet immense complexe.

Mon tour arriva. La première chose qui attira mon attention dans cette salle, fut les croquis représentant le squelette de mon visage, accrochés sur un placard situé derrière la table d’opération. Plusieurs personnes semblaient en étudier attentivement les contours et les détails. La jeune Céline, étudiante infirmière de bloc opératoire et Eric l’anesthésiste se présentèrent à moi et, sans plus tarder, commencèrent à me perfuser et à relier l’ensemble du matériel de surveillance qui était situé sur ma gauche. Très bien installée et complètement détendue, j’observais les préparatifs et les allées et venues de toutes les personnes qui s’affairaient autour de moi.

La couverture chauffante installée sur mon corps me procurait un sentiment de confort et de sécurité comparable à un petit nid douillet.

Puis, apparut la chirurgienne qui s’approcha pour discuter et faire le point avec moi. Avec toute sa gentillesse et sa douceur habituelle, elle m’expliqua ce qu’elle allait faire exactement, à savoir, une frontoplastie suivie d’une génioplastie. Elle m’avait prévenue lors de la dernière consultation qu’elle pourrait être amenée à effectuer une rhinoplastie si toutefois, en réduisant les bosses frontales, une autre bosse générée par l’acte chirurgical apparaissait au niveau de la racine du nez. Tout était clair et précis et je me contentais d’acquiescer à ses propos.

Cependant, un imprévu allait quelque peu retarder le programme. En effet, elle me confia qu’il manquait un matériel essentiel à l’intervention, des pinces à scalp, et qu’il était hors de question d’opérer sans celles-ci. Elle prit le temps de me donner quelques explications techniques et le fait que ces pinces avaient un rôle très important puisqu’elles ont des propriétés hémostatiques. J’étais vraiment touchée par la considération qu’elle avait pour moi, prenant autant de temps à m’expliquer la situation.

Je n’espérais qu’une seule chose, que l’intervention ne soit pas annulée et reportée à plus tard.

En attendant de voir arriver ces fameuses pinces à scalp, Céline, pour me faire patienter, me fit écouter de la musique. Ainsi la chanson « Stand by me » de Ben E. King enveloppa d’une douce atmosphère musicale le bloc opératoire et moi, j’avais tout le temps pour observer minutieusement cette grande salle, alors que d’ordinaire, l’induction rapide de l’anesthésie ne vous le permet pas.

Après un long moment d’attente, l’équipe du bloc décida de me faire retourner dans l’immense salle d’attente. Puis vingt minutes plus tard, les pinces à scalp arrivèrent enfin et on me réinstalla de nouveau dans la salle du bloc opératoire.

Là, tout alla très vite, après quelques grandes inspirations profondes dans le masque posé sur mon visage, j’ai sombré dans l’inconscience sans même avoir eu le temps de me rendre compte de quoi que ce soit.

Après quatre heures d’intervention, j’ai repris conscience bien plus tard en salle de réveil. Je ne ressentais pas particulièrement de douleur, mais juste avant de quitter la salle de réveil, je fus envahie par un très grand coup de chaud accompagné de suées.

Les mêmes symptômes sont revenus peu de temps après, lorsque l’infirmière du service de chirurgie a voulu reprendre mes constantes vitales et a vu s’afficher six de tension sur le tensiomètre !

Elle a eu le bon réflexe de rester avec moi et, après avoir réalisé plusieurs contrôles aux résultats identiques, d’appeler rapidement l’anesthésiste du bloc pour qu’il vienne me voir.

J’étais toujours consciente, mais je ressentais toujours, par vagues successives, ces bouffées de chaleur qui m’envahissaient totalement et me faisaient transpirer. L’anesthésie pour une durée d’intervention aussi longue fut incriminée dans un premier temps, mais le lendemain, après avoir eu une numération, j’apprenais que j’avais perdu beaucoup de sang et que j’étais anémiée.

Il m’était vraiment difficile de rester longtemps debout sans être prise de vertiges et de sentir le malaise vagal arriver à chaque changement de position. Cependant, je souhaitais tout de même me lever brièvement pour me rendre aux toilettes et observer mon visage à chaque passage devant la grande glace de la salle de bain. Contrairement aux jours qui allaient suivre, je trouvais que mon visage n’était pas trop gonflé et les ecchymoses de mes yeux à peine marquées. La chirurgienne m’avait prévenue lors de sa visite en fin de journée, que cela prendrait de l’ampleur dès le lendemain de l’intervention.

Je découvrais aussi autour de ma tête un gros pansement compressif sous lequel étaient visibles deux tuyaux reliés à des redons dont le but était de drainer par aspiration, le sang de la zone opérée.

Je ne pouvais pas encore voir le résultat de la réduction de mes bosses frontales, en revanche, je pouvais passer ma main sur mes arcades sourcilières et constater avec bonheur l’absence de proéminences si gênantes pour moi. J’étais si heureuse et si confiante pour la suite…

La zone qui était pour moi la plus sensible et la plus délicate était celle du menton recouverte par une mentonnière en élasto. Je sentais vraiment une gêne permanente avec un trouble de la sensibilité. Idem pour l’intérieur de ma bouche, avec la présence de fils résorbables situés à la base de ma gencive et de ma lèvre inférieure. Je ne ressentais plus ma lèvre et mes dents du bas.

Souhaitant me recoucher rapidement, je ne résistais pas plus longtemps. Me sentant faible, je n’ai même pas ressenti l’envie de prendre un repas le soir, j’avais juste besoin de m’hydrater.

La nuit qui a suivi a été en pointillé, car la surveillance de mes paramètres vitaux obligeait l’équipe soignante à rentrer régulièrement dans ma chambre.

Le lendemain à J1, le programme de la journée commençait par une prise de sang de contrôle effectuée par Marion. Au résultat de huit virgule neuf d’hémoglobine, l’anémie était confirmée. La frontoplastie est une intervention chirurgicale qui entraîne une perte de sang importante.

Lors de la visite matinale, Aliénor, interne en chirurgie, trouva que je n’étais pas très oedématiée par rapport à ce qui est normalement constaté. Tant mieux pour moi ! Elle m’annonça que mon pansement compressif serait enlevé le lendemain en sa présence.

Côté repas par contre, je devais manger léger ce jour et mixé à partir de J2.

Pour les médicaments, je prenais du doliprane pour les faibles douleurs et de l’augmentin comme antibiotique. Pour commencer à faire dégonfler le visage, les corticoïdes étaient à présent introduits. Mes coquards, bien plus prononcés et étendus qu’hier, étaient impressionnants !

Les seules vraies douleurs intenses, que j’ai pu ressentir durant les deux premiers jours, sont celles qui apparaissaient après chaque repas, lorsque je devais effectuer des gargarismes avec un bain de bouche antiseptique le brossage des dents étant strictement interdit.

Le fait de mobiliser mon menton par ces mouvements de bouche provoquait durant vingt bonnes minutes une douleur soutenue et lancinante dans toute la mâchoire. De plus, avec ma perte de sensibilité au niveau de la lèvre inférieure, il n’était pas évident de boire sans difficulté !

Le soir, pour clôturer la journée, j’avais le droit à une injection journalière d’anticoagulant dans la cuisse.

Bonne nouvelle, ma tension artérielle commençait à remonter et à se stabiliser. Allant mieux, je commençais à récupérer bien vite et j’en profitais pour aller faire une première balade tranquille hors de ma chambre, quitter le service, prendre l’ascenseur pour descendre à l’accueil de l’hôpital et déguster un petit café au distributeur de boissons. Ce n’était pas grand chose, mais après un tel passage, on apprécie ces petits moments de plaisir tout simples.

Les visites nocturnes du personnel étaient dorénavant moins fréquentes et se limitaient à une seule prise de constantes, une évaluation de la douleur et à vérifier le volume de sang recueilli par les redons.

Le 26 juillet était le grand jour, car j’allais enfin découvrir le véritable résultat de l’intervention. Mais avant çà, Marion me préleva de nouveau du sang pour comparer avec les résultats de la veille. Mon hémoglobine remontait péniblement à neuf virgule un, ce n’était pas élevé, mais suffisant pour qu’après-réflexion, les médecins rejettent l’idée de ma transfusion. Il est vrai que malgré tout, je supportais plutôt bien mon anémie.

Comme convenu, Aliénor, assistée d’un autre interne en chirurgie arriva pour déballer mon pansement compressif. Avec d’infinies précautions, ils découpèrent l’ensemble. L’opération ne dura pas plus de cinq minutes. Mes cheveux étaient rigides, et encore pleins de sang malgré le lavage et le brossage qui avaient été effectués au bloc opératoire. Aliénor trouva la cicatrice très belle. J’avais au total trente-six agrafes totalement invisibles sur la tête, car l’incision coronale avait été faite à un centimètre sous la ligne d’implantation capillaire. Un vrai travail de magicienne ! J’avais pour consigne d’effectuer mon premier lavage de tête en faisant bien attention aux redons et aux agrafes. Je redoutais un peu la séquence démêlage.

Lorsque je me retrouvai à nouveau seule dans ma chambre, je me rendis rapidement dans la salle de bain pour découvrir enfin ma tête. Je n’oublierais jamais cette vision : mes bosses frontales avaient complètement disparu, comme si elles n’avaient jamais existé ! Trop heureuse, je n’arrêtais pas de passer ma main sur mon front, je réalisais combien la chirurgienne avait fait un incroyable travail et m’avait libérée du poids qui pesait sur mon visage depuis toujours. C’était vraiment un moment unique et magique !

J’ai littéralement fondu en larmes devant la glace. Mes yeux étaient remplis de larmes de joie et j’éprouvais un bonheur immense mêlé d’une infinie reconnaissance envers celle qui venait d’effectuer ma seconde délivrance !

Sans attendre l’assistance du personnel soignant, je m’employai à faire ce premier shampooing. En réalité, il m’a bien fallu trois ou quatre lavages pour réussir à me débarrasser de tout ce sang résiduel qui avait figé ma chevelure. Le démêlage fut plus facile que prévu, le tout étant d’éviter tout contact entre les dents du peigne et le matériel.

L’infirmière Marion est ensuite venue m’annoncer que les redons pouvaient être retirés. L’ablation de ces tuyaux fixés par un fil et dont une bonne longueur rentre directement dans la plaie procure vraiment des sensations étranges. À cause des adhérences, vous avez l’impression que votre cuir chevelu part avec le retrait du dispositif. Ca ne fait pas mal, mais la sensation est très particulière.

L’autre bonne nouvelle fut que je pouvais être complètement déperfusée.

À moi la liberté !

À J3, Aliénor, très satisfaite de l’évolution, me proposa d’envisager ma sortie pour le lendemain. C’était très bon signe que je sorte seulement après quatre jours d’hospitalisation alors qu’on m’avait annoncé une bonne semaine de rétablissement. Elle procéda donc à un examen minutieux des zones de mon visage opérées pour vérifier l’absence de perte de sensibilité, signe d’atteinte des nerfs faciaux. RAS, tout était OK. J’en profitais pour la questionner un peu sur ce qui avait été fait précisément lors de mon intervention. Elle me confirma que la pose d’une plaque au niveau du sinus frontal n’avait pas été utile, car le fraisage de l’intégralité de mon front avait suffi pour obtenir le résultat escompté. Un agrandissement du cadre orbitaire avait permis d’ouvrir davantage mon regard.

Concernant ma génioplastie de rétrécissement, une ostéotomie à la fraise avait été pratiquée, ainsi que la résection d’un fragment osseux médian avec rapprochement des deux fragments latéraux par fixation d’une plaque avec six vis. De plus, deux auto-greffons osseux avaient été mis en place de chaque côté de la plaque pour permettre un contact satisfaisant entre les deux fragments.

Ses explications claires et de grandes qualités me permettaient de me faire une meilleure idée de ce qui s’était passé pendant que j’étais sous l’effet de l’anesthésie.

Sachant à présent que je sortais le lendemain, je décidais de préparer un petit mot de remerciement destiné à toutes les équipes pluridisciplinaires du service « Fougère 4″.

Cette petite intention était vraiment importante à mes yeux, je ne voulais pas partir sans témoigner de mon infinie gratitude envers celles et ceux qui avaient, à leur façon, contribué à ce formidable changement corporel, m’apportant aujourd’hui un tel épanouissement ainsi qu’une joie de vivre permanente et inaltérable.

J’ai affiché ce mot sur le tableau où figurait ma feuille de surveillance post opératoire. Visible de tous, je signais en y ajoutant un cœur précédé de cet unique mot « Merci ».

J’ai aussi été très touchée par la bienveillance et les paroles de plusieurs infirmiers de jour comme de nuit qui connaissant parfaitement mon parcours, m’ont donné rendez-vous à l’hôpital Tenon, lieu où sera effectué mon ultime délivrance.

Le lendemain matin, le cœur serré, je quittais l’hôpital Saint-Louis, fatiguée, le souffle court, mais incroyablement heureuse et comblée !

Cette expérience supplémentaire, qui s’ajoute au merveilleux parcours vers ma (Re)naissance, est pour moi, une extraordinaire aventure humaine, faite de superbes rencontres, d’émotions intenses et de moments inoubliables !

L’intervention de féminisation du visage m’a vraiment beaucoup aidée à me libérer de ma prison corporelle.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, je ne deviens pas une femme grâce à la chirurgie.

J’ai toujours été une femme prisonnière d’une enveloppe corporelle non-conforme à mon identité profonde, mais une femme.

Chaque geste chirurgical me délivre un peu plus de cet emprisonnement subi depuis ma naissance.

Aujourd’hui, je ne suis plus une captive en souffrance, je suis une femme libre, libre d’être elle-même, libre d’être moi !

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15. TRANSGENRE AU QUOTIDIEN – anecdote #3

Cette anecdote est particulière, car elle se déroule au cours d’une situation ou le sérieux est de rigueur et l’humour plutôt limité.

Ce fut le jour où, avec ma compagne, nous avions rendez-vous chez nos avocats pour la signature de la convention de divorce.

Ponctuelles et détendues, nous arrivons toutes les deux à l’adresse indiquée et nous dirigeons vers le bureau.

Le seuil franchi, les deux avocats viennent au-devant de nous.

Nous annonçons notre venue en disant que nous avions rendez-vous à 10 h 30.

Jeunes et plutôt sympathiques, ils se présentent à nous cordialement.

La situation bascule complètement lorsque l’avocat représentant ma compagne la regarde en disant :

–  « Il y a un problème ! Il n’est pas là ! ».

Il pensait que j’étais une amie de ma femme et que je l’accompagnais tout simplement.

Jamais je n’aurais pensé à une situation aussi burlesque pour un événement aussi sérieux !

Après un blanc assez soutenu, avec un large sourire et une envie de rire aux éclats, j’ai répondu à l’avocat :

– « C’est moi que vous attendez, simplement, je suis actuellement en transition. J’effectue un changement de sexe ».

Immédiatement, l’atmosphère s’est détendue et les deux comparses à la fois abasourdis et amusés nous ont invitées à rentrer.

Très rapidement, dans une ambiance surréaliste, nous avons tous pris place autour du bureau pour procéder à la séance de signatures.

Le plus jeune des avocats est revenu ensuite vers moi, car il semblait très intéressé par ma transition, mais ne connaissait absolument rien au sujet. Il me demanda de lui expliquer en quoi consistait concrètement une transition. J’ai essayé de lui donner quelques éléments de réponse en allant à l’essentiel et sans rentrer dans les détails.

Je leur ai demandé s’ils avaient déjà rencontré d’autres situations similaires. Je connaissais déjà la réponse du jeune avocat au barreau de Paris, car il commençait depuis peu et ne cumulait pas encore assez d’expérience professionnelle ; en revanche, son confrère un peu plus âgé, m’a signifié que c’était bien la toute première fois pour lui.

Lorsque nous sommes reparties, nous avons bien ri dans le couloir qui menait à la sortie en repensant à la situation complètement dingue que nous venions de vivre !

11. PREMIÈRE DÉLIVRANCE

Poursuivant sans relâche ma transition à un rythme soutenu, chaque mois, je constatais avec joie la progression de celle-ci et commençais à recueillir les premières réactions positives des personnes autour de moi.

Certaines de mes collègues et amies me faisaient des compliments à propos de mes tenues vestimentaires, sur ma façon de me maquiller, ou tout simplement pour me dire que j’avais de belles jambes. Tout ceci contribuait énormément à développer en moi un bien-être nouveau, ainsi qu’un épanouissement grandissant.

Comme beaucoup de mes sœurs Transgenres, j’avais moi aussi pris l’habitude, depuis ma toute première prise d’hormones, d’effectuer chaque mois quelques autoportraits photographiques pour suivre l’évolution de mes changements corporels.

Loin d’assouvir un narcissisme prononcé, ceci m’aidait psychologiquement pour prendre du recul sur moi-même, et avec le temps, me permettait aussi de percevoir nettement ces petits changements subtils qu’au quotidien l’on ne perçoit pas.

D’ailleurs, il suffit que l’intervalle se creuse de quelques mois avant de revoir une personne proche, pour constater à quel point celle-ci vous trouve métamorphosée !

Tous ces petits signes sont autant d’encouragements qui participent à faire grandir votre confiance en vous et, face au long chemin sinueux qui reste encore à parcourir, vous rassure et vous conforte sur vos capacités à le poursuivre.

De même pour l’épilation laser, je commençais à récolter les fruits de tant d’efforts. Je pouvais enfin me permettre d’espacer un peu plus les séances. Passant de tous les quinze jours au début, à une séance mensuelle à présent. La technicienne, satisfaite du résultat obtenu, augmentait maintenant la puissance de feu du laser.

C’était une véritable moisson d’ondes positives qui se propageait tout autour de moi et rayonnait d’une belle énergie. Celle qui décuple vos forces et vous tire vers l’avant !

Mon psychiatre généraliste, lui aussi, amplifiait ce mouvement ascendant. Lors d’une consultation, d’un ton chaleureux, il qualifia ma transition de « Fleuve tranquille » et qu’à ce titre, il me conseillait vivement de me mettre à l’écriture pour partager mon histoire. Il ne savait pas encore que j’avais déjà songé à ce livre depuis bien longtemps. En tout cas, lui aussi allait dans mon sens et je me sentais pousser des ailes.

Je concluais le début de l’hiver par un rendez-vous pré-opératoire avec la chirurgienne ORL qui allait bientôt me délivrer de cette pomme d’Adam proéminente m’infligeant tant de souffrances et de mal-être depuis la puberté.

Quant à mon diagnostic différentiel, il était à présent terminé et le psychiatre expert rendit sa conclusion en me disant : – « Votre dysphorie est évidente, votre témoignage est d’une grande sincérité ! ».

Que dire de plus… J’étais aux anges ; encore une personne qui reconnaissait ma légitimité !

Le début d’année commença avec la même tonalité par la présentation de mon dossier médical en réunion de concertation pluridisciplinaire afin d’obtenir l’accord général des professionnels de santé pour ma chirurgie de réassignation génitale.

Deux jours plus tard, le 18 janvier 2018, avait lieu ma toute première délivrance corporelle par assistance chirurgicale.

Il s’agissait d’une chondrolaryngoplastie, ou plus communément appelée réduction de la pomme d’Adam.

J’attendais vraiment cette intervention depuis bien longtemps…

C’est à l’hôpital Foch qu’exerce cette chirurgienne ORL exceptionnelle, qui plus est, fait partie d’un réseau associatif de prise en charge des personnes Trans. Avant de raconter le déroulement de mon séjour, je tiens à insister sur la grande qualité humaine que j’ai découverte à tout niveau au sein de cet établissement. Que ce soit dans le personnel administratif, paramédical ou médical, j’ai été subjuguée par la qualité de l’accueil, le respect et la sympathie de tout le personnel.

Moi qui aie bientôt 20 ans d’expérience professionnelle à l’hôpital, j’affirme qu’il se dégage de ce lieu, un magnifique esprit Humaniste.

À J zéro, comme on dit en chirurgie, j’ai été convoquée à l’Unité d’Accueil Pré-Opératoire en début de matinée.

Une coordinatrice m’a accueillie afin de faire le point sur mon dossier puis, releva mes constantes, tension, pouls, saturation et température, avant de me demander mon niveau d’anxiété.

Ensuite, elle me donna une pré-médication. Dans mon cas, rien à voir avec un décontractant ou un anxiolytique, pour moi, c’était limité à la prise orale d’un gramme de paracétamol. Puis elle m’a fourni pour le bloc opératoire un pyjama, un peignoir, des chaussons et des surchaussures. Après m’être changée, direction la salle d’attente. C’est là que le temps paraît vraiment plus long.

Enfin, un agent d’accueil est venu me chercher. À ce moment précis, la coordinatrice récupéra mes effets personnels, et c’est à pied, tranquillement, que je me suis rendue au bloc opératoire en empruntant un couloir et un ascenseur à accès réglementé.

À peine arrivée, les infirmières et médecins anesthésistes m’ont pris directement en charge. Comme cadeau de bienvenue, distribution de charlotte et de nouvelles surchaussures. J’ai marché pour parcourir les derniers mètres qui me séparaient de la salle d’opération.

J’ai vraiment été littéralement bluffée par la gentillesse et la douceur de l’ensemble de l’équipe du bloc, et tout particulièrement, par ma brève rencontre, mais ô combien inoubliable, avec Sonia une infirmière anesthésiste.

Lorsque vous arrivez dans cette grande salle, très impressionnante, high-tech, avec plein de moniteurs de contrôle, vous prenez conscience que le moment tant attendu est enfin arrivé !

Mais, ce qui m’a vraiment le plus touché, c’est l’attitude rassurante et bienveillante du personnel de ce bloc opératoire qui humanise à deux cent pour-cent ce lieu si aseptisé par nature.

Je me suis sentie si respectée et considérée que je n’avais plus l’impression d’être une patiente lambda parmi tant d’autre, mais d’être juste Laureen et que cette équipe allait m’accompagner vers le but que je m’étais fixé.

Très attentionnés, ils m’ont installée, réchauffés avec une couverture d’air chaud, perfusée, puis attachée avec une ceinture de sécurité, anticipant le moment où je perdrais conscience et où mon corps atonique risquait de tomber.

Puis tranquillement, ils m’ont demandé de prendre de grandes inspirations par le nez dans le masque à oxygène et de penser à quelque chose d’agréable et de positif. Puis, ils ont injecté un premier produit qui rapidement m’a fait tourner la tête puis rendue inconsciente…

J’ai repris mes esprits en salle de réveil sans ressentir vraiment de douleur, mais plutôt une gêne au niveau de la gorge et lors de la déglutition.

L’anesthésie faisait encore effet et c’est pourquoi j’avais du mal, à garder mes yeux ouverts et je replongeais régulièrement dans le sommeil. Lorsque je reprenais conscience, je captais tous les sons des alarmes, des gémissements d’autres patients, et les paroles réconfortantes du personnel.

Cloisonnée par des petits rideaux, j’étais dans mon coin, sereine et détendue. De temps en temps, je sentais le brassard qui contrôlait ma tension et l’infirmière qui, près de moi, me demandait si j’avais mal.

Puis, un brancardier est venu me chercher afin de me conduire dans ma chambre pour une nuit de surveillance au sein de l’Unité de Chirurgie de Courte Durée.

Très rapidement, après mon arrivée, un étudiant infirmier en deuxième année m’a repris les paramètres vitaux puis, accompagné d’une infirmière, a procédé à mon premier lever. Dans les cinq minutes après leur départ, j’ai quitté mon lit pour me rendre dans la salle de bain et découvrir enfin, dans le miroir, le résultat !

Malgré l’œdème tout à fait normal et la cicatrice bien visible, j’étais tellement heureuse de découvrir enfin le cou dont je rêvais depuis si longtemps.

Ce n’était vraiment que du BONHEUR !

Moi qui, avant, cachais mon cou avec un bandana, à tel point je détestais l’image que je voyais dans le miroir, là, je me suis empressée, d’attacher autour de mon cou, le petit collier « Laureen » que j’avais acheté auparavant et gardais précieusement pour ce grand jour !

Des larmes de joie me montent aux yeux quand je repense à ce moment.

En fin de journée, la chirurgienne est revenue me voir. Elle m’a auscultée et semblait tout à fait satisfaite de son travail.

Puis, j’ai eu le droit de manger un repas le soir même. J’ai tout de même laissé le pain, de peur d’avoir quelques difficultés à l’avaler. En revanche, le potage est passé comme une lettre à la poste.

Puis, j’ai eu plusieurs fois la visite d’infirmières pour me donner des antalgiques avec de nouveau, prise des constantes et évaluation de la douleur.

La nuit s’est super bien passée. Moi qui d’ordinaire dors très peu, j’ai passé une excellente nuit accompagnée de la Tour Eiffel jusqu’au petit matin.

Juste avant ma sortie, la chirurgienne est passée me voir et m’a recommandé de ne pas tirer sur mes épaules pour ne pas exercer de tension sur la cicatrice.

J’ai profité de sa visite pour la remercier et lui dire à quel point son travail change la Vie des personnes Transgenres.

Je garde pour toujours un merveilleux souvenir de cette hospitalisation au sein de l’hôpital Foch et je n’oublierai jamais la profonde Humanité que j’y ai ressentie.

10. TRANSGENRE AU QUOTIDIEN – anecdote #1

La première anecdote qui va suivre illustre parfaitement la difficulté que l’on rencontre au quotidien dans les situations de la vie courante, lorsque vos papiers d’identité ne correspondent absolument plus à votre enveloppe corporelle !

J’avais besoin de me rendre dans un laboratoire d’analyses afin d’effectuer un prélèvement sanguin pour contrôler le dosage d’estradiol et de prolactine, suite à mon traitement hormonal substitutif.

Je me présente au guichet, la dame en poste me dit spontanément « Bonjour Madame », saisit mon ordonnance, ma carte vitale, avec encore apposé dessus mon « Deadname ».

Puis, arrive enfin les questions d’usages tout à fait normales que l’on pose lorsque l’on s’adresse à une femme qui vient faire un dosage hormonal.

– « Vous êtes bien à jeun ? »

– « Vous êtes bien entre J10 et J18 ? »

-« A quand remontent vos dernières règles ? »

À ce moment précis, je me suis dit intérieurement « Ton passing est vraiment devenu excellent Laureen ! ». Cette personne tient dans ses mains l’ordonnance et les papiers avec mes anciennes civilités et elle me parle de mon cycle menstruel. Incroyable !

J’étais vraiment partagée, j’avais envie de lui dire « Mais Madame, je n’ai pas de règles, je suis en transition ! ». Et en même temps, j’étais tellement heureuse de vivre cette situation complètement surréaliste que je voulais faire durer le plaisir et profiter jusqu’au bout de ce rêve éveillé.

On a tellement besoin de confiance en soi dans les débuts de notre changement que ces instants-là agissent comme un baume cicatrisant sur vos blessures.

Puis, elle procède à une dernière recommandation : « Ah ! Il y a une prolactine, vous devrez rester au repos 20 minutes avant le prélèvement ! ».

Après avoir vérifié ma date de naissance, mon adresse, et mon téléphone, elle me demande d’aller gentiment patienter dans la salle d’attente.

Jusque-là, tout va bien ! Tout est merveilleux !

Arrive enfin la personne en charge d’effectuer le prélèvement. Elle se dirige vers la corbeille, où se trouve mon dossier et mes étiquettes d’identification. Elle saisit le tout, et là, tout bascule !

Elle me regarde, puis regarde de nouveau mes étiquettes, sur son visage, je perçois l’étonnement et l’incompréhension.

Et là, à haute voix elle s’exclame en direction de ses collègues « Je crois qu’il y a un problème ? ».

Heureusement, je m’y attendais un peu et avec aplomb, je lui rétorque direct « Non, il n’y a pas de problème ! ».

Afin de mettre un terme à cette situation, devenue en un quart de seconde hyper gênante, je me lève et me dirige vers elle en lui répétant une seconde fois « Il n’y a pas de problème ! ».

Là, dans sa tête, les connections neuronales ont du créer un arc électrique de compréhension, car immédiatement, toute confuse, elle s’est excusée auprès de moi.

Heureusement, par chance, la salle d’attente était déserte, mais devant une assemblée conséquente, cette même expérience aurait pu devenir vraiment traumatique.

Elle a de nouveau renouvelé ses excuses lorsque nous étions toutes seules dans la salle de prélèvement.

Voilà le genre de situation délicate qui se produit lorsque vous êtes Transgenre et que vous ne possédez pas encore vos nouveaux papiers d’identité.

C’est vraiment l’expression de cette inadéquation entre l’image que les gens perçoivent de vous et ce que votre état-civil indique !

9. PAS DE ÇA CHEZ MOI !

La peur d’être rejetée est la cause principale de ma transition tardive.

Depuis mon enfance, j’ai rapidement compris que ma différence était signe d’exclusion et qu’il n’était pas bon d’affirmer ma particularité.

J’avais déjà entendu de nombreuses phrases et réflexions assassines lorsque ce genre de sujet était évoqué au sein du noyau familial.

Il était plutôt dans mon intérêt de me taire si je ne voulais pas attirer les foudres de mon entourage.

C’est ainsi que j’ai rapidement appris à garder le silence et j’ai grandi en cultivant le secret.

Lorsque l’on est enfant, on ne désire qu’une chose : être aimé des siens et grandir dans l’amour inconditionnel de ses parents.

Mon autocensure était à double tranchant, car si elle représentait un moyen de sauvegarde, en revanche, elle posait la première pierre de ma future prison mentale.

Mon tourment moral pouvait ainsi se nourrir de lui-même, alimenté par mes craintes de perdre l’affection de mes proches.

Aujourd’hui, quarante ans plus tard, je sais combien mes peurs étaient fondées et ce que j’avais le plus redouté dans ma vie devenait maintenant réalité !

Les circonstances de l’existence ont fait que mon père est le dernier lien qui me relie à ma famille. À ses yeux, je suis son dernier enfant, celui qui a survécu à l’hécatombe qui a amputé durement notre arbre généalogique.

D’une santé fragilisée par de nombreux antécédents cardiaques, c’est la personne que j’ai cherché à ménager le plus lorsque j’ai décidé de faire mon coming-out.

Je souhaitais lui éviter les émotions fortes et je cherchais donc un moyen de distiller goutte à goutte l’annonce de ma révélation.

Il vit en Bretagne et je l’appelle tous les jours afin de prendre de ses nouvelles et pour parler de tout et de rien. L’essentiel est que, malgré la distance qui nous sépare, le téléphone reste notre fil d’Ariane.

J’avais déjà évoqué avec lui mes épilations laser en essayant de lui faire comprendre que je ne supportais plus ma pilosité faciale, mais je constatais malheureusement qu’il entendait sans vraiment entendre.

Le téléphone ayant ses propres limites en communication, j’espérais pouvoir trouver la force de lui parler face à face, lors de mon séjour chez lui en solo, durant une petite semaine de mes vacances d’été.

Tous les jours vers dix-huit heures, il a pour tradition, lors de mes passages chez lui, de servir l’apéro pour clôturer chaque journée passée sous le ciel de « Bretonnie ».

Pour moi, c’était le moment idéal pour profiter de la convivialité de l’instant et d’effectuer une petite piqûre de rappel pour évoquer de manière plus explicite la situation de mon mal-être.

Comme d’habitude, il semblait entendre mes arguments, mais n’exprimait franchement rien de plus. Ni commentaires ni questions particulières. Je souhaitais tellement au fond de moi qu’il me harcèle de questions, qu’il cherche à connaître la raison profonde du malaise de son enfant.

J’ai passé une semaine à tendre perpétuellement de longues perches pour créer une ouverture, un dialogue, mais sans succès !

Je devais me rendre à l’évidence, ce n’était vraiment pas gagné, et plus le temps passait, plus je m’enfonçais dans les sables mouvants du désespoir.

La dernière carte qu’il me restait avant la fin de mon séjour était d’essayer de parler à sa seconde épouse, en espérant que la compréhension et la tolérance d’une femme seraient de mise, et que par son intermédiaire, une passerelle favorable allait pouvoir s’établir entre nous.

Effectivement, j’ai trouvé l’opportunité lors d’un déplacement en voiture où nous nous sommes retrouvées seules toutes les deux. J’ai pu lui ouvrir mon cœur et lui dire que ma nature et mon identité profonde était féminine et que j’avais débuté un traitement hormonal féminisant.

Je fus agréablement surprise, elle semblait me comprendre et accepter mon choix.

Enfin, je reprenais l’espoir que la situation redevienne favorable et que l’amorce d’un dialogue nouveau prenne naissance.

J’imaginais aussi, qu’après mon départ, ils auraient peut-être l’occasion d’évoquer le sujet entre eux, de manière apaisée, et que l’amour d’un père pour son enfant supplanterait et dépasserait le mur de l’incompréhension.

Dans les jours qui ont suivi mon retour, j’ai rapidement noté un changement d’attitude et une distance s’installer dans nos conversations téléphoniques.

Entre temps, j’avais déposé mon dossier de changement de prénom et de mention de sexe à l’état-civil au Tribunal de Grande Instance.

Le lendemain, ne pouvant supporter un jour de plus cette situation dégradée, je décidais à nouveau de réitérer mon coming-out auprès de lui.

En réaction à mon annonce, il me demanda juste comment Jacqueline et Maeva prenaient la chose.

Ce fût le samedi 14 octobre 2017 à dix heures précises, pendant ma pause à l’hôpital, que par téléphone, il exprima son incompréhension et son malaise face à la situation. Son désaccord total avec ma transition, le poussa à me sortir un tas de phrases assassines, dont voici les principales :

– « Bonne chance pour ta nouvelle vie, mais je ne veux plus te voir et je ne veux jamais connaître Laureen. Je ne veux pas de ça chez moi ! ».

Abasourdie par ses paroles insensées, la seule phrase que je lui ai répondue fût :

–  « L’amour que l’on porte à ceux que l’on aime n’a pas de sexe ! ».

J’ai eu beau lui dire que j’avais besoin de son soutien et de son amour, il m’a simplement répondu qu’il avait déjà perdu un enfant et qu’aujourd’hui, il enterrait le second.

Moi qui avais pris tellement de précautions à son égard. Lui, avec une brutalité verbale, me sortait définitivement de sa vie.

Je ne m’étais donc jamais trompée, mes craintes étaient fondées.

Aujourd’hui, avec le recul, je sais que pour mon père, ce fût un choc considérable et que mon annonce a engendré chez lui une souffrance psychologique comparable à l’épreuve d’un deuil. Pour lui, c’était quelque chose de difficile à surmonter et à intégrer.

Fragile, j’avais besoin de son soutien immédiat et de la promesse de son amour renouvelé, alors que son mécanisme de défense premier le poussait au déni et au rejet total de ma transition.

Il fallait à présent laisser le temps faire son ouvrage … Le temps de se retrouver à nouveau.

8. L’ÉCLOSION

Afin de poursuivre le chemin vers la réconciliation avec moi-même, j’ai souhaité en juillet 2017, prendre contact avec une équipe médico-chirurgicale parisienne pour, conjointement à mon parcours libre, emprunter la route du parcours officiel.

Avant de pouvoir prétendre à l’accès à la chirurgie de réassignation génitale et de féminisation, il faut se soumettre en France, à ce que l’on appelle un « diagnostic différentiel » réalisé par un médecin psychiatre du réseau officiel qui confirmera, en quelques consultations, votre dysphorie de genre.

J’ai donc reçu un énorme questionnaire à remplir et à renvoyer avant mon tout premier rendez-vous.

À la fois complet et complexe, j’ai voulu prendre mon temps pour y répondre. C’était pour moi l’opportunité de pouvoir, pour la toute première fois, coucher sur le papier toute la souffrance accumulée depuis tant d’années et de poser des mots sur le mal-être qui me rongeait depuis toujours.

Il m’aura fallu trois jours pour réaliser de la manière la plus sincère et authentique cette introspection.

Psychologiquement, ce n’est pas évident de gérer cette remontée en surface d’un flux énorme d’émotions, longtemps enfouies, refoulées au plus profond de soi et que ce questionnaire libère comme un lâcher de barrage. Vous êtes littéralement submergé par vos sentiments.

Organisé comme une biographie, ce questionnaire segmente et passe en revue de manière chronologique et minutieuse, toutes les facettes de votre vie et le vécue de votre dysphorie, tel un scanner cérébral découpe par tranche successive chaque image de chaque portion de votre encéphale.

C’est en septembre que j’ai rencontré ce médecin psychiatre pour débuter mon expertise médicale.

La consultation s’est vraiment très bien passée. J’ai eu l’impression d’avoir été réellement entendue et comprise.

Pourtant, l’exercice n’était pas facile pour moi, car certaines questions précises sur ma vie intime me donnaient le sentiment de me retrouver complètement nue face à lui. J’éprouvais un peu de gêne de devoir m’expliquer sur des questions que d’ordinaire, on ne confie pas à des inconnus.

Moi qui cultivais le secret, là, je devais tout révéler de moi !

Après avoir passé le cap de cette étape difficile, j’ai ensuite ressenti beaucoup d’empathie et de bienveillance, émanant de cette personne.

Il semblait très intéressé par mon histoire de vie et notamment par le fait que ma fille m’avait apportait immédiatement son soutien. Ce fait précis lui semblait complètement inédit au regard de la documentation générale sur la Transidentité.

Je me souviendrai toujours de sa phrase, lorsqu’il m’a dit : – « Mais vous savez que ce que vous me dites là, çà n’existe pas ? ».

J’ai d’abord cru qu’il pensait que je mentais et que je lui racontais des cracks, mais non, il voulait tout simplement me signifier que ce type de situation singulière n’avait jamais été recensée et référencée dans les études réalisées sur la compréhension de la dysphorie de genre. Il désirait ne pas en rester là et souhaitait vivement « médiatiser » d’une façon ou d’une autre cette information nouvelle.

Depuis ce moment, j’ai ressenti une grande relation de confiance s’établir entre nous.

Je pense avoir convaincu rapidement cet expert psychiatre de la légitimité de ma demande, car il aura fallu seulement trois rendez-vous pour qu’il me donne son approbation et soumette mon dossier à la RCP du réseau parisien (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire) réunissant l’endocrinologue et la chirurgienne, afin qu’ils me donnent le feu vert pour la suite, à savoir l’accès à la chirurgie.

Parallèlement à ce passage obligé, lorsque l’on décide de faire un parcours officiel, ce début d’été 2017 aura été aussi de manière bien plus légère, celui de mon premier passage au salon de coiffure pour me faire une couleur et structurer quelque peu mes cheveux.

Enfin, le plaisir d’arriver en étant féminine a cent pour-cent dans un lieu qui vous est réservé. Pouvoir être juste soi-même et profiter de ce petit moment de réconfort.

De nouveau être une femme parmi les femmes. Du pur bonheur !

L’accueil des deux coiffeuses de ce petit salon à été si chaleureux, qu’immédiatement, je me suis senti à l’aise et décontracté.

Quelle agréable sensation d’être aux petits soins entre les mains expertes de professionnelles, qui avec passion, essayent de sublimer votre féminité pour que celle-ci s’exprime bien au-delà du miroir ! Ce sont des faiseuses de petits bonheurs.

En effet, en début de transition, nous avons souvent une image encore très critique envers nous-même. Nous ne sommes pas tendres avec le reflet de notre glace. Nous avons comme une sorte de calque de l’image masculine d’avant, qui, tel un filtre visuel, se superpose automatiquement sur le reflet de notre nouvelle image corporelle naissante. Nous ne pouvons nous empêcher, de nous fixer sur certains traits de notre visage, qui pour nous, semblent encore nous trahir, alors qu’en réalité, le changement corporel s’amorce déjà tranquillement et gomme gentiment au fil des mois cette ancienne image.

Alors ces soins, qui vous magnifient, revêtent une réelle importance, bien supérieure au sens premier de l’esthétisme. Ils contribuent à soigner vos blessures du passé et vous apprennent tout simplement à enfin vous aimer.

Toujours à la même période, avec mon ALD en poche, j’avais décidé de me rendre sur Paris, dans un cabinet de dermatologie, pour poursuivre les séances de laser que j’avais déjà commencé pour éradiquer les poils noirs de mon visage, mais surtout aussi, des séances d’épilation électrique, appelées communément électrolyse, pour les poils blancs. C’est un complément obligatoire, lorsque l’on a malheureusement comme moi, des poils blancs sur le visage qui échappent au traitement laser.

Cette démarche est essentielle dans l’accompagnement médical de la transition. C’est le seul moyen efficace pour éradiquer de manière définitive ces poils indésirables.

Après avoir établi un devis plus une évaluation des soins à accomplir avec la dermatologue, le traitement pouvait enfin commencer.

Avant chaque séance d’épilation, il faut raser le jour-même la zone à traiter et surtout, bien suivre scrupuleusement les recommandations comme ne pas s’être exposée au soleil quelques jours auparavant et surtout, se présenter sans aucun maquillage avant le soin.

Dans ce cabinet, contrairement à ce que j’avais déjà expérimenté ailleurs, la douleur est quasi inexistante. Les praticiennes utilisent un système d’air réfrigéré qu’elles diffusent sur le visage de manière simultanée avec les tirs du laser. Cela anesthésie complètement la zone traitée. Ensuite, elles vous apposent des poches de glaces qu’elles laissent en place quelques minutes, puis vous appliquent une crème apaisante.

En revanche, pour l’électrolyse, il ne faut pas se raser soixante-douze heures avant chaque séance afin de permettre au praticien d’attraper un à un chaque poil blanc avec une pince à épiler avant l’introduction de l’aiguille. Ce n’est pas hyper douloureux, mais l’on ressent tout de même un petit quelque chose.

J’ai été impressionnée et agréablement surprise par la rapidité d’exécution du praticien et sa dextérité. Je ne pensais pas qu’il irait aussi vite.

Visuellement, c’est un peu impressionnant, car au milieu de son halo lumineux, se trouvait une petite vitre dans laquelle je voyais parfaitement toute la scène. Ressentir et voir, ce n’est pas tout à fait la même chose !

Et puis finalement, au bout de quelques minutes, je me suis rapidement habituée à cette nouvelle sensation cutanée, rythmée par le son incessant du signal émis par l’électrode à chaque follicule pileux traité.

Puis le temps passe tranquillement. De temps à autre, on vous repasse une compresse imbibée de désinfectant puis, à la fin de la séance, on vous applique une crème apaisante.

Personnellement, j’ai trouvé que ce n’était pas si douloureux que çà. Je m’attendais à bien pire ! Mais il faut l’admettre, nous ne sommes pas toutes égales face à la douleur.

Le ressenti est vraiment propre à chacune d’entre nous.

Ainsi, entraînée de rendez-vous en rendez-vous, de consultations en consultations et de soins en soins, j’étais lancée tête baissée dans une nouvelle dynamique à un rythme effréné, partagée entre mon travail à plein temps et les démarches nécessaires à ma transition.

Je ne réalisais pas encore à quel point, j’étais déjà en train d’éclore.

7. TRANSITION ADMINISTRATIVE, LES PRÉMICES DU COMBAT

La transition administrative est vraiment une étape incontournable lors d’une transition.

Malheureusement, elle a tendance à transformer une simple formalité en un véritable « parcours de combattant », usant et éprouvant psychologiquement et pouvant devenir, à la longue, une mise à l’épreuve pour les nerfs de la requérante.

Moi qui avais déposé mon dossier en mairie un mois avant, je pensais innocemment que cette démarche était vraiment simplifiée.

J’avais rempli simplement le formulaire de l’Annexe 4 de demande de changement de prénom, relatif à l’article 60 du code civil.

Puis déposée le tout à la mairie de ma commune de résidence.

Déjà, j’ai senti que le personnel au guichet d’accueil ne semblait pas à l’aise avec cette procédure et qu’une résistance sous-jacente émergeait de ces locaux administratifs. Plus explicitement, j’ai franchement ressenti une franche opposition à ma demande et j’ai immédiatement compris que ce n’était pas gagné d’avance !

Mais comme d’habitude dans de tels cas, c’est l’outil informatique qui, bien souvent, sert de dissimulateur d’incompétence humaine ou d’alibi de mauvaise foi.

Normalement, au bout de quelques jours, vous devez recevoir une réponse de la part d’un officier de l’état-civil.

Dans mon cas, la boîte aux lettres restait désespérément vide !

J’ai donc relancé plusieurs fois par mail ma mairie qui semblait exposer de manière prolongée mon dossier à la poussière de bureau.

Puis, finalement, début août, je reçois enfin une lettre signée de la main de mon Maire qui me stipule que mon dossier à été « soit disant » tout bonnement adressé au Procureur de la République et que celui-ci me demande plus de justificatifs afin de prouver la légitimité de ma requête.

Déjà, pas mal le délai d’un mois pour en arriver là !

À ce moment précis, tu te dis que la simplification de la loi est une foutaise et surtout, que l’application des lois sur le territoire national est complètement inégalitaire et arbitraire en fonction de l’endroit où tu résides.

Ne lâchant rien, et surtout, doutant de la sincérité et de la bienveillance de ma commune, j’ai pris directement contact avec le Tribunal de Grande Instance de mon secteur pour vérifier la qualité des informations qui m’avaient été transmises.

Et heureusement !

Car en réalité, ils n’avaient rien fait de concret, sauf de me faire perdre un temps précieux !

J’ai donc décidé, depuis ce jour, de reprendre toute l’affaire en main et quitte à me lancer dans une procédure longue et compliquée, j’ai eu l’idée d’effectuer en une seule fois le changement de prénom, ainsi que le changement de mention de sexe à l’état-civil.

Sachant que depuis le 10 mai 2017, une circulaire rendait possible le dépôt de ce type de requête auprès du Procureur de la République sans avoir besoin de l’assistance d’un avocat, autrefois obligatoire.

Je suis donc devenue ma propre avocate, ayant compris que l’application des loi en France était ralentie par des individus réfractaires au changement et que ma démarche initiale, pourtant si simple dans les textes de lois, se transformait concrètement sur le terrain civil en un combat administratif de longue haleine.

J’ai donc constitué sur plusieurs semaines un épais dossier, très conséquent, rassemblant justificatifs divers et variés, quelques photos de moi, attestations d’amis et de proches, afin de prouver la légitimité de ma demande. Le tout accompagné d’une lettre expliquant et détaillant précisément le pourquoi du comment de mes requêtes adressées au Procureur de la République.

Dans la constitution de ce dossier, il est important d’apporter devant le Procureur des preuves concrètes qui démontrent que, dans votre quotidien vous utilisez déjà, dans la limite de la légalité, le prénom qui correspond à votre identité de genre.

De la simple facture, aux mails et correspondances diverses, tout est bon pour appuyer votre requête et asseoir votre légitimité.

Normalement, il n’est plus nécessaire de fournir des certificats et documents médicaux d’endocrinologue et de psychiatre pour effectuer votre demande, mais dans la réalité, force est de constater que c’est souvent le seul moyen d’éviter une fin de non-recevoir.

Pour ma part, j’ai fourni tout ce qui était en ma possession pour transformer ma missive en béton armé.

J’ai déposé mon dossier directement au Tribunal de Grande Instance le 19 septembre 2017, soit presque trois mois après depuis le début de ma démarche.

Vive la simplicité !

Puis, j’ai suivi scrupuleusement l’avancement de mon dossier en appelant régulièrement le service civil du parquet du tribunal de ma circonscription.

Surtout ne rien lâcher, tenir bon, user de beaucoup de diplomatie et de ténacité, auprès de ces instances.

C’est dans ces moments-là que l’on comprends beaucoup mieux le sens profond du mot « PARCOURS » et de tout ce que çà implique concrètement.

Finalement, début décembre, j’ai reçu un courrier du greffier me demandant quelques documents et justificatifs supplémentaires afin de pouvoir finaliser l’instruction de mon dossier.

Cette première étape relative à ma transition administrative introduisait les prémices du combat à venir pour la reconnaissance de ma légitimité.

Quoiqu’il arrive, restez toujours positives, défendez vos droits avec opiniâtreté et combativité à toute épreuve !

Les lois ne représentent pas seulement des textes, mais délimitent les contours de la pensée humaine face aux situations de la vie courante des individus et des citoyens dans une société en pleine mutation.

À nous de faire bouger ces lignes et d’en élargir les limites.

C’est uniquement à ce prix que nous forcerons le respect et obtiendrons une intégration parfaite dans une société civile qui ne mesure pas toujours à sa juste valeur l’urgence de nos demandes face aux difficultés que nous rencontrons au quotidien.