13. PRISE DE CONTACT

Premier rendez-vous et premier contact avec la Femme qui allait m’aider à féminiser mon enveloppe corporelle. Cette chirurgienne plasticienne symbolisait pour moi, cette main féminine, qui bientôt m’offrirait ce merveilleux cadeau, cette seconde naissance, ma (Re)naissance.

Pour moi, je ne pouvais vraiment pas rêver mieux. Lorsque j’ai appris que c’était elle, qui avait été désignée par l’équipe officielle parisienne pour effectuer ma réassignation génitale, j’étais tellement heureuse.

Je n’arrêtais pas de me répéter intérieurement « Tu te rends compte Laureen, c’est une Femme qui va te donner ton sexe féminin ! C’est une Femme ! ». Je n’en revenais pas et j’ai pensé immédiatement par analogie à ma première intervention de féminisation trachéale réalisée, elle aussi, par la main d’une Femme.

J’avais eu la chance, quelque temps avant cette première prise de contact, de voir une émission télévisée dans laquelle elle était invitée en tant que praticienne hospitalière pour exposer le protocole chirurgical de la réassignation génitale appliqué aux deux sexes.

D’une très grande clarté, elle m’a immédiatement séduite. J’ai beaucoup aimé la qualité de ses explications ainsi que l’incroyable empathie qui émanait de ses propos. C’est une personne douce et sensible qui m’a littéralement conquise.

Et fait incroyable quand j’y repense aujourd’hui, à l’instant même où je buvais ses paroles, je me disais : « Si seulement j’avais la chance un jour, de pouvoir être opérée par elle ! ».

Le destin avait déjà la réponse.

C’est donc à l’hôpital Saint-Louis que je me suis rendue en consultation. Comme à mon habitude, toujours en avance, jamais en retard, je patientais tranquillement pour l’instant seule dans la petite salle d’attente. J’ai tout d’abord aperçu et reconnu la secrétaire médicale et coordinatrice des RCP dont j’avais découvert le visage en consultant le portail internet du réseau parisien de prise en charge de la Transidentité.

Au fil du temps qui s’égrenait, d’autres patientes arrivaient et venaient rompre ma solitude. Physionomiste, j’observais attentivement chaque nouvelle venue en essayant de repérer, dans un petit détail morphologique, l’indice nécessaire pour reconnaître une de mes sœurs.

Entre sourires et regards complices, je constatais que nous nous adonnions toutes au même exercice. C’est ainsi que ce jour-là, je rencontrai Delphine, une grande et belle femme blonde, habillée avec classe et élégance qui allait croiser plusieurs fois mon chemin, et devenir mon Amie. Elle me confia d’ailleurs plus tard que la première fois qu’elle m’avait vue, elle n’avait pas osé m’aborder, ne sachant pas avec certitude si j’étais une femme Transgenre ou cisgenre.

Entre deux consultations, la secrétaire qui accompagnait la chirurgienne offrait un accueil chaleureux et convivial en proposant généreusement des cafés et bonbons, temporisant ainsi l’attente qui se prolongeait. Mon tour arriva et c’est avec excitation et retenue que fébrilement, j’allais à sa rencontre.

Très rapidement, en quelques phrases et quelques mots, je retrouvais en elle l’attitude bienveillante et attentionnée qui m’avait tant touchée. Après m’avoir interrogée sur mes attentes puis exposé les grandes lignes opératoires, elle répondit à mes multiples questions. Elle me rappela qu’associée à ma réassignation génitale l’augmentation mammaire se ferait au cours de la même intervention.

Ensuite, elle m’observa attentivement pour déterminer avec moi les zones de mon visage qui auraient éventuellement besoin d’une chirurgie de féminisation. Toujours à l’écoute, elle nota mes demandes et me livra son expertise de plasticienne. C’est ainsi que furent retenues pour moi la réduction des bosses frontales et la remontée des sourcils afin d’agrandir mon regard. Concernant le tiers moyen du visage, une injection de ma propre graisse ou lipofilling permettrait d’augmenter le volume de mes pommettes.

Puis elle m’invita à me déshabiller afin de m’ausculter et examiner avec moi le choix de la taille de mes prothèses mammaires, pour conserver un aspect naturel et harmonieux avec le reste de ma silhouette qu’elle trouva plutôt menue.

C’est au moment où elle procéda à l’examen de mon anatomie génitale, que moi quelque peu gênée par la situation, j’ai retrouvé toute la délicatesse et le respect de cette jeune femme, qui tout de suite m’a mise en confiance et apaisée par des paroles rassurantes et une attitude empreinte d’une grande déférence.

Toujours en présence de la coordinatrice, installée discrètement à ses côtés, elles consultèrent toutes les deux leur planning pour fixer les dates de programmations des deux interventions. Je pensais devoir attendre au minimum une année avant de pouvoir être opérée, mais elle m’annonça qu’elles auraient lieu dans l’année en cours.

Puis la chirurgienne sortit son agenda, le consulta scrupuleusement et trouva une date qui allait prendre pour moi une haute valeur symbolique, puisque sans le savoir, elle annonça le jour de mon anniversaire.

Pour moi, c’était comme un cadeau du ciel, car la probabilité mathématique de tomber sur cette date n’était vraiment pas à mes yeux le simple fruit du hasard. Renaître le jour de sa naissance était, en quelque sorte, une subtile revanche faite à Mère nature !

Malheureusement, quelques mois plus tard, un retard inopiné dans le traitement de mon dossier allait contraindre la chirurgienne à déplacer cette échéance à une date ultérieure.

Finalement, c’est l’intervention de chirurgie de féminisation faciale qui sera effectuée la première et programmée pour le 4 septembre 2018.

Elle me donna pour cela une ordonnance pour effectuer un scanner cervico-facial et des téléradiographies. Cette consultation très complète s’acheva par une petite séance photo.

La coordinatrice m’accompagna jusque dans le petit studio situé dans le service des consultations afin que le photographe attitré effectue quelques clichés nécessaires en pré opératoire.

Je repartis de Saint-Louis le cœur léger rempli d’une joie immense.

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11. PREMIÈRE DÉLIVRANCE

Poursuivant sans relâche ma transition à un rythme soutenu, chaque mois, je constatais avec joie la progression de celle-ci et commençais à recueillir les premières réactions positives des personnes autour de moi.

Certaines de mes collègues et amies me faisaient des compliments à propos de mes tenues vestimentaires, sur ma façon de me maquiller, ou tout simplement pour me dire que j’avais de belles jambes. Tout ceci contribuait énormément à développer en moi un bien-être nouveau, ainsi qu’un épanouissement grandissant.

Comme beaucoup de mes sœurs Transgenres, j’avais moi aussi pris l’habitude, depuis ma toute première prise d’hormones, d’effectuer chaque mois quelques autoportraits photographiques pour suivre l’évolution de mes changements corporels.

Loin d’assouvir un narcissisme prononcé, ceci m’aidait psychologiquement pour prendre du recul sur moi-même, et avec le temps, me permettait aussi de percevoir nettement ces petits changements subtils qu’au quotidien l’on ne perçoit pas.

D’ailleurs, il suffit que l’intervalle se creuse de quelques mois avant de revoir une personne proche, pour constater à quel point celle-ci vous trouve métamorphosée !

Tous ces petits signes sont autant d’encouragements qui participent à faire grandir votre confiance en vous et, face au long chemin sinueux qui reste encore à parcourir, vous rassure et vous conforte sur vos capacités à le poursuivre.

De même pour l’épilation laser, je commençais à récolter les fruits de tant d’efforts. Je pouvais enfin me permettre d’espacer un peu plus les séances. Passant de tous les quinze jours au début, à une séance mensuelle à présent. La technicienne, satisfaite du résultat obtenu, augmentait maintenant la puissance de feu du laser.

C’était une véritable moisson d’ondes positives qui se propageait tout autour de moi et rayonnait d’une belle énergie. Celle qui décuple vos forces et vous tire vers l’avant !

Mon psychiatre généraliste, lui aussi, amplifiait ce mouvement ascendant. Lors d’une consultation, d’un ton chaleureux, il qualifia ma transition de « Fleuve tranquille » et qu’à ce titre, il me conseillait vivement de me mettre à l’écriture pour partager mon histoire. Il ne savait pas encore que j’avais déjà songé à ce livre depuis bien longtemps. En tout cas, lui aussi allait dans mon sens et je me sentais pousser des ailes.

Je concluais le début de l’hiver par un rendez-vous pré-opératoire avec la chirurgienne ORL qui allait bientôt me délivrer de cette pomme d’Adam proéminente m’infligeant tant de souffrances et de mal-être depuis la puberté.

Quant à mon diagnostic différentiel, il était à présent terminé et le psychiatre expert rendit sa conclusion en me disant : – « Votre dysphorie est évidente, votre témoignage est d’une grande sincérité ! ».

Que dire de plus… J’étais aux anges ; encore une personne qui reconnaissait ma légitimité !

Le début d’année commença avec la même tonalité par la présentation de mon dossier médical en réunion de concertation pluridisciplinaire afin d’obtenir l’accord général des professionnels de santé pour ma chirurgie de réassignation génitale.

Deux jours plus tard, le 18 janvier 2018, avait lieu ma toute première délivrance corporelle par assistance chirurgicale.

Il s’agissait d’une chondrolaryngoplastie, ou plus communément appelée réduction de la pomme d’Adam.

J’attendais vraiment cette intervention depuis bien longtemps…

C’est à l’hôpital Foch qu’exerce cette chirurgienne ORL exceptionnelle, qui plus est, fait partie d’un réseau associatif de prise en charge des personnes Trans. Avant de raconter le déroulement de mon séjour, je tiens à insister sur la grande qualité humaine que j’ai découverte à tout niveau au sein de cet établissement. Que ce soit dans le personnel administratif, paramédical ou médical, j’ai été subjuguée par la qualité de l’accueil, le respect et la sympathie de tout le personnel.

Moi qui aie bientôt 20 ans d’expérience professionnelle à l’hôpital, j’affirme qu’il se dégage de ce lieu, un magnifique esprit Humaniste.

À J zéro, comme on dit en chirurgie, j’ai été convoquée à l’Unité d’Accueil Pré-Opératoire en début de matinée.

Une coordinatrice m’a accueillie afin de faire le point sur mon dossier puis, releva mes constantes, tension, pouls, saturation et température, avant de me demander mon niveau d’anxiété.

Ensuite, elle me donna une pré-médication. Dans mon cas, rien à voir avec un décontractant ou un anxiolytique, pour moi, c’était limité à la prise orale d’un gramme de paracétamol. Puis elle m’a fourni pour le bloc opératoire un pyjama, un peignoir, des chaussons et des surchaussures. Après m’être changée, direction la salle d’attente. C’est là que le temps paraît vraiment plus long.

Enfin, un agent d’accueil est venu me chercher. À ce moment précis, la coordinatrice récupéra mes effets personnels, et c’est à pied, tranquillement, que je me suis rendue au bloc opératoire en empruntant un couloir et un ascenseur à accès réglementé.

À peine arrivée, les infirmières et médecins anesthésistes m’ont pris directement en charge. Comme cadeau de bienvenue, distribution de charlotte et de nouvelles surchaussures. J’ai marché pour parcourir les derniers mètres qui me séparaient de la salle d’opération.

J’ai vraiment été littéralement bluffée par la gentillesse et la douceur de l’ensemble de l’équipe du bloc, et tout particulièrement, par ma brève rencontre, mais ô combien inoubliable, avec Sonia une infirmière anesthésiste.

Lorsque vous arrivez dans cette grande salle, très impressionnante, high-tech, avec plein de moniteurs de contrôle, vous prenez conscience que le moment tant attendu est enfin arrivé !

Mais, ce qui m’a vraiment le plus touché, c’est l’attitude rassurante et bienveillante du personnel de ce bloc opératoire qui humanise à deux cent pour-cent ce lieu si aseptisé par nature.

Je me suis sentie si respectée et considérée que je n’avais plus l’impression d’être une patiente lambda parmi tant d’autre, mais d’être juste Laureen et que cette équipe allait m’accompagner vers le but que je m’étais fixé.

Très attentionnés, ils m’ont installée, réchauffés avec une couverture d’air chaud, perfusée, puis attachée avec une ceinture de sécurité, anticipant le moment où je perdrais conscience et où mon corps atonique risquait de tomber.

Puis tranquillement, ils m’ont demandé de prendre de grandes inspirations par le nez dans le masque à oxygène et de penser à quelque chose d’agréable et de positif. Puis, ils ont injecté un premier produit qui rapidement m’a fait tourner la tête puis rendue inconsciente…

J’ai repris mes esprits en salle de réveil sans ressentir vraiment de douleur, mais plutôt une gêne au niveau de la gorge et lors de la déglutition.

L’anesthésie faisait encore effet et c’est pourquoi j’avais du mal, à garder mes yeux ouverts et je replongeais régulièrement dans le sommeil. Lorsque je reprenais conscience, je captais tous les sons des alarmes, des gémissements d’autres patients, et les paroles réconfortantes du personnel.

Cloisonnée par des petits rideaux, j’étais dans mon coin, sereine et détendue. De temps en temps, je sentais le brassard qui contrôlait ma tension et l’infirmière qui, près de moi, me demandait si j’avais mal.

Puis, un brancardier est venu me chercher afin de me conduire dans ma chambre pour une nuit de surveillance au sein de l’Unité de Chirurgie de Courte Durée.

Très rapidement, après mon arrivée, un étudiant infirmier en deuxième année m’a repris les paramètres vitaux puis, accompagné d’une infirmière, a procédé à mon premier lever. Dans les cinq minutes après leur départ, j’ai quitté mon lit pour me rendre dans la salle de bain et découvrir enfin, dans le miroir, le résultat !

Malgré l’œdème tout à fait normal et la cicatrice bien visible, j’étais tellement heureuse de découvrir enfin le cou dont je rêvais depuis si longtemps.

Ce n’était vraiment que du BONHEUR !

Moi qui, avant, cachais mon cou avec un bandana, à tel point je détestais l’image que je voyais dans le miroir, là, je me suis empressée, d’attacher autour de mon cou, le petit collier « Laureen » que j’avais acheté auparavant et gardais précieusement pour ce grand jour !

Des larmes de joie me montent aux yeux quand je repense à ce moment.

En fin de journée, la chirurgienne est revenue me voir. Elle m’a auscultée et semblait tout à fait satisfaite de son travail.

Puis, j’ai eu le droit de manger un repas le soir même. J’ai tout de même laissé le pain, de peur d’avoir quelques difficultés à l’avaler. En revanche, le potage est passé comme une lettre à la poste.

Puis, j’ai eu plusieurs fois la visite d’infirmières pour me donner des antalgiques avec de nouveau, prise des constantes et évaluation de la douleur.

La nuit s’est super bien passée. Moi qui d’ordinaire dors très peu, j’ai passé une excellente nuit accompagnée de la Tour Eiffel jusqu’au petit matin.

Juste avant ma sortie, la chirurgienne est passée me voir et m’a recommandé de ne pas tirer sur mes épaules pour ne pas exercer de tension sur la cicatrice.

J’ai profité de sa visite pour la remercier et lui dire à quel point son travail change la Vie des personnes Transgenres.

Je garde pour toujours un merveilleux souvenir de cette hospitalisation au sein de l’hôpital Foch et je n’oublierai jamais la profonde Humanité que j’y ai ressentie.

8. L’ÉCLOSION

Afin de poursuivre le chemin vers la réconciliation avec moi-même, j’ai souhaité en juillet 2017, prendre contact avec une équipe médico-chirurgicale parisienne pour, conjointement à mon parcours libre, emprunter la route du parcours officiel.

Avant de pouvoir prétendre à l’accès à la chirurgie de réassignation génitale et de féminisation, il faut se soumettre en France, à ce que l’on appelle un « diagnostic différentiel » réalisé par un médecin psychiatre du réseau officiel qui confirmera, en quelques consultations, votre dysphorie de genre.

J’ai donc reçu un énorme questionnaire à remplir et à renvoyer avant mon tout premier rendez-vous.

À la fois complet et complexe, j’ai voulu prendre mon temps pour y répondre. C’était pour moi l’opportunité de pouvoir, pour la toute première fois, coucher sur le papier toute la souffrance accumulée depuis tant d’années et de poser des mots sur le mal-être qui me rongeait depuis toujours.

Il m’aura fallu trois jours pour réaliser de la manière la plus sincère et authentique cette introspection.

Psychologiquement, ce n’est pas évident de gérer cette remontée en surface d’un flux énorme d’émotions, longtemps enfouies, refoulées au plus profond de soi et que ce questionnaire libère comme un lâcher de barrage. Vous êtes littéralement submergé par vos sentiments.

Organisé comme une biographie, ce questionnaire segmente et passe en revue de manière chronologique et minutieuse, toutes les facettes de votre vie et le vécue de votre dysphorie, tel un scanner cérébral découpe par tranche successive chaque image de chaque portion de votre encéphale.

C’est en septembre que j’ai rencontré ce médecin psychiatre pour débuter mon expertise médicale.

La consultation s’est vraiment très bien passée. J’ai eu l’impression d’avoir été réellement entendue et comprise.

Pourtant, l’exercice n’était pas facile pour moi, car certaines questions précises sur ma vie intime me donnaient le sentiment de me retrouver complètement nue face à lui. J’éprouvais un peu de gêne de devoir m’expliquer sur des questions que d’ordinaire, on ne confie pas à des inconnus.

Moi qui cultivais le secret, là, je devais tout révéler de moi !

Après avoir passé le cap de cette étape difficile, j’ai ensuite ressenti beaucoup d’empathie et de bienveillance, émanant de cette personne.

Il semblait très intéressé par mon histoire de vie et notamment par le fait que ma fille m’avait apportait immédiatement son soutien. Ce fait précis lui semblait complètement inédit au regard de la documentation générale sur la Transidentité.

Je me souviendrai toujours de sa phrase, lorsqu’il m’a dit : – « Mais vous savez que ce que vous me dites là, çà n’existe pas ? ».

J’ai d’abord cru qu’il pensait que je mentais et que je lui racontais des cracks, mais non, il voulait tout simplement me signifier que ce type de situation singulière n’avait jamais été recensée et référencée dans les études réalisées sur la compréhension de la dysphorie de genre. Il désirait ne pas en rester là et souhaitait vivement « médiatiser » d’une façon ou d’une autre cette information nouvelle.

Depuis ce moment, j’ai ressenti une grande relation de confiance s’établir entre nous.

Je pense avoir convaincu rapidement cet expert psychiatre de la légitimité de ma demande, car il aura fallu seulement trois rendez-vous pour qu’il me donne son approbation et soumette mon dossier à la RCP du réseau parisien (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire) réunissant l’endocrinologue et la chirurgienne, afin qu’ils me donnent le feu vert pour la suite, à savoir l’accès à la chirurgie.

Parallèlement à ce passage obligé, lorsque l’on décide de faire un parcours officiel, ce début d’été 2017 aura été aussi de manière bien plus légère, celui de mon premier passage au salon de coiffure pour me faire une couleur et structurer quelque peu mes cheveux.

Enfin, le plaisir d’arriver en étant féminine a cent pour-cent dans un lieu qui vous est réservé. Pouvoir être juste soi-même et profiter de ce petit moment de réconfort.

De nouveau être une femme parmi les femmes. Du pur bonheur !

L’accueil des deux coiffeuses de ce petit salon à été si chaleureux, qu’immédiatement, je me suis senti à l’aise et décontracté.

Quelle agréable sensation d’être aux petits soins entre les mains expertes de professionnelles, qui avec passion, essayent de sublimer votre féminité pour que celle-ci s’exprime bien au-delà du miroir ! Ce sont des faiseuses de petits bonheurs.

En effet, en début de transition, nous avons souvent une image encore très critique envers nous-même. Nous ne sommes pas tendres avec le reflet de notre glace. Nous avons comme une sorte de calque de l’image masculine d’avant, qui, tel un filtre visuel, se superpose automatiquement sur le reflet de notre nouvelle image corporelle naissante. Nous ne pouvons nous empêcher, de nous fixer sur certains traits de notre visage, qui pour nous, semblent encore nous trahir, alors qu’en réalité, le changement corporel s’amorce déjà tranquillement et gomme gentiment au fil des mois cette ancienne image.

Alors ces soins, qui vous magnifient, revêtent une réelle importance, bien supérieure au sens premier de l’esthétisme. Ils contribuent à soigner vos blessures du passé et vous apprennent tout simplement à enfin vous aimer.

Toujours à la même période, avec mon ALD en poche, j’avais décidé de me rendre sur Paris, dans un cabinet de dermatologie, pour poursuivre les séances de laser que j’avais déjà commencé pour éradiquer les poils noirs de mon visage, mais surtout aussi, des séances d’épilation électrique, appelées communément électrolyse, pour les poils blancs. C’est un complément obligatoire, lorsque l’on a malheureusement comme moi, des poils blancs sur le visage qui échappent au traitement laser.

Cette démarche est essentielle dans l’accompagnement médical de la transition. C’est le seul moyen efficace pour éradiquer de manière définitive ces poils indésirables.

Après avoir établi un devis plus une évaluation des soins à accomplir avec la dermatologue, le traitement pouvait enfin commencer.

Avant chaque séance d’épilation, il faut raser le jour-même la zone à traiter et surtout, bien suivre scrupuleusement les recommandations comme ne pas s’être exposée au soleil quelques jours auparavant et surtout, se présenter sans aucun maquillage avant le soin.

Dans ce cabinet, contrairement à ce que j’avais déjà expérimenté ailleurs, la douleur est quasi inexistante. Les praticiennes utilisent un système d’air réfrigéré qu’elles diffusent sur le visage de manière simultanée avec les tirs du laser. Cela anesthésie complètement la zone traitée. Ensuite, elles vous apposent des poches de glaces qu’elles laissent en place quelques minutes, puis vous appliquent une crème apaisante.

En revanche, pour l’électrolyse, il ne faut pas se raser soixante-douze heures avant chaque séance afin de permettre au praticien d’attraper un à un chaque poil blanc avec une pince à épiler avant l’introduction de l’aiguille. Ce n’est pas hyper douloureux, mais l’on ressent tout de même un petit quelque chose.

J’ai été impressionnée et agréablement surprise par la rapidité d’exécution du praticien et sa dextérité. Je ne pensais pas qu’il irait aussi vite.

Visuellement, c’est un peu impressionnant, car au milieu de son halo lumineux, se trouvait une petite vitre dans laquelle je voyais parfaitement toute la scène. Ressentir et voir, ce n’est pas tout à fait la même chose !

Et puis finalement, au bout de quelques minutes, je me suis rapidement habituée à cette nouvelle sensation cutanée, rythmée par le son incessant du signal émis par l’électrode à chaque follicule pileux traité.

Puis le temps passe tranquillement. De temps à autre, on vous repasse une compresse imbibée de désinfectant puis, à la fin de la séance, on vous applique une crème apaisante.

Personnellement, j’ai trouvé que ce n’était pas si douloureux que çà. Je m’attendais à bien pire ! Mais il faut l’admettre, nous ne sommes pas toutes égales face à la douleur.

Le ressenti est vraiment propre à chacune d’entre nous.

Ainsi, entraînée de rendez-vous en rendez-vous, de consultations en consultations et de soins en soins, j’étais lancée tête baissée dans une nouvelle dynamique à un rythme effréné, partagée entre mon travail à plein temps et les démarches nécessaires à ma transition.

Je ne réalisais pas encore à quel point, j’étais déjà en train d’éclore.

AVANT-PROPOS

J’ai décidé de rédiger ce petit livre témoignage afin de partager avec vous les grandes étapes de ma transition.

À la façon d’un journal de bord, « Ma (Re)naissance » retracera de manière chronologique le cours de ma vie depuis ma petite enfance jusqu’à présent.

Loin des standards littéraires, je souhaite avant tout que ce livre soit simple, sincère et qu’il vous permette d’explorer à travers mon récit, les souffrances et les difficultés engendrées par ce que l’on nomme « La dysphorie de genre ».

Même s’il existe autant d’histoires de vie qu’il y a de personnes, le point commun qui réunit beaucoup de « Transgenres », c’est cette blessure profonde, ce tourment intérieur lié à notre perception corporelle et mentale de non-reconnaissance de notre identité de genre par rapport à celle qui nous est assignée à la naissance.

C’est au regard de cette douloureuse constatation que je souhaite essayer de transmettre le plus fidèlement possible le vécu intérieur d’une personne prisonnière d’un corps qu’elle ne reconnaît pas comme sien.

Devenant progressivement une prison redoutable qui vous enferme de plus en plus et vous réduit à ne plus être que l’ombre de vous-même, la seule libération possible à cette véritable gangue physique passe par le processus de la transition médico-chirurgicale.

Bien sûr, toutes les personnes « Transgenres » ne souhaitent pas forcément suivre un seul et même chemin qui mène vers une remise en adéquation de leur identité de genre avec leur identité profonde ; certaines choisiront uniquement de suivre un traitement hormonal substitutif à vie. Tandis que d’autres auront recours en plus à des interventions chirurgicales afin de leur permettre de se réaliser totalement.

L’essentiel, finalement, est de se débarrasser complètement de cette souffrance intolérable qui ronge de l’intérieur les personnes dysphoriques pour enfin, laisser place au bonheur, à cette joie simple, de vivre et de s’aimer soi-même .

Ainsi, derrière ce terme générique de transition, se cache en réalité une multitude de facettes qui regroupent la complexité et la diversité que constitue l’unité d’un être humain. C’est pourquoi, au travers parfois d’anecdotes ou de situations de la vie quotidienne, je tenterai de vous transmettre cette notion de challenge et de défi que représente un parcours « libre » ou « officiel », et de l’énergie considérable que doit déployer une personne lancée dans cette dynamique libératrice.

Je tiens aussi à préciser que ce livre est un témoignage personnel et qu’à ce titre, il n’a pas vocation à être représentatif de l’ensemble de la communauté Transgenre.

Prenez le temps de lire tranquillement chaque petit chapitre, afin de découvrir mon histoire, celle de ma vie passée d’avant transition et celle de « Ma (Re)naissance », symbole d’espérance emprunt de liberté et du bonheur retrouvé.