15. TRANSGENRE AU QUOTIDIEN – anecdote #3

Cette anecdote est particulière, car elle se déroule au cours d’une situation ou le sérieux est de rigueur et l’humour plutôt limité.

Ce fut le jour où, avec ma compagne, nous avions rendez-vous chez nos avocats pour la signature de la convention de divorce.

Ponctuelles et détendues, nous arrivons toutes les deux à l’adresse indiquée et nous dirigeons vers le bureau.

Le seuil franchi, les deux avocats viennent au-devant de nous.

Nous annonçons notre venue en disant que nous avions rendez-vous à 10 h 30.

Jeunes et plutôt sympathiques, ils se présentent à nous cordialement.

La situation bascule complètement lorsque l’avocat représentant ma compagne la regarde en disant :

–  « Il y a un problème ! Il n’est pas là ! ».

Il pensait que j’étais une amie de ma femme et que je l’accompagnais tout simplement.

Jamais je n’aurais pensé à une situation aussi burlesque pour un événement aussi sérieux !

Après un blanc assez soutenu, avec un large sourire et une envie de rire aux éclats, j’ai répondu à l’avocat :

– « C’est moi que vous attendez, simplement, je suis actuellement en transition. J’effectue un changement de sexe ».

Immédiatement, l’atmosphère s’est détendue et les deux comparses à la fois abasourdis et amusés nous ont invitées à rentrer.

Très rapidement, dans une ambiance surréaliste, nous avons tous pris place autour du bureau pour procéder à la séance de signatures.

Le plus jeune des avocats est revenu ensuite vers moi, car il semblait très intéressé par ma transition, mais ne connaissait absolument rien au sujet. Il me demanda de lui expliquer en quoi consistait concrètement une transition. J’ai essayé de lui donner quelques éléments de réponse en allant à l’essentiel et sans rentrer dans les détails.

Je leur ai demandé s’ils avaient déjà rencontré d’autres situations similaires. Je connaissais déjà la réponse du jeune avocat au barreau de Paris, car il commençait depuis peu et ne cumulait pas encore assez d’expérience professionnelle ; en revanche, son confrère un peu plus âgé, m’a signifié que c’était bien la toute première fois pour lui.

Lorsque nous sommes reparties, nous avons bien ri dans le couloir qui menait à la sortie en repensant à la situation complètement dingue que nous venions de vivre !

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12. TRANSGENRE AU QUOTIDIEN – anecdote #2

Cette fois-ci, l’anecdote est extrêmement positive.

C’est en effectuant mes dernières formalités administratives avant mon intervention chirurgicale de féminisation trachéale que la situation s’est présentée.

Après ma consultation pré-opératoire avec la chirurgienne et la consultation d’anesthésie, je me suis rendue au service des admissions de l’hôpital Foch pour effectuer ma pré-admission.

L’agent administratif présente ce jour-là me demande ma carte de circulation de l’hôpital, la carte vitale, l’attestation de mutuelle et ma carte nationale d’identité.

Le tout en main, elle se dirige alors vers la photocopieuse, procède à la copie de l’ensemble des documents demandés.

De retour à son bureau, elle me dit tout naturellement :

– « Vous effectuez la pré-admission pour quelqu’un ? »

Moi surprise, je réponds :

– « Non, c’est pour moi ! »

Au même moment, je comprends qu’elle a vu la photo de ma CNI qui n’a plu rien à voir du tout avec le visage qui se présente devant elle !

Voyant qu’elle ne fait pas immédiatement le rapprochement, un Ange passe puis je ne peux m’empêcher de rajouter :

– « Je suis Transgenre… »

Pas gênée du tout, mais plutôt avec une réelle sympathie et en exprimant un franc sourire, elle me rétorque :

– « Oh ! Vraiment… C’est très réussi ! »

Touchée positivement, je lui réponds :

– « Merci c’est gentil ! »

Cette situation, qui aurait pu être au premier abord vraiment très gênante et me mettre franchement mal à l’aise s’est tout bonnement transformée en un moment très positif qui m’a grandement réchauffé le cœur.

Finalement, nous avons discuté ensemble du changement d’état-civil, du tribunal, du parcours et de tout ce que cela induit …

Vraiment, une belle anecdote, et un bon moment dont je me souviendrai longtemps.

En évoquant ce souvenir heureux, je repense immédiatement à l’ensemble de mes rencontres et des personnes dont j’ai croisées le chemin depuis le début de ma transition.

J’ai eu énormément de chance d’être toujours passée absolument partout comme « une lettre à la poste ». Pourtant, doutant dans un premier temps de mon passing réel, je me suis vite rendu compte, que ce soit sur mon lieu de travail ou en prenant chaque semaine les transports en commun, au gré de mes sorties quotidiennes, combien les gens m’identifiaient au premier regard sans le moindre doute comme une femme cisgenre.

Au point que ma présence dans un lieu public devenait tellement ordinaire et banale que j’avais l’impression d’être devenue complètement une invisible !

Parfois, les seuls regards qui se posaient sur moi, ou plutôt sur mes jambes, étaient lorsque j’étais vêtue d’une minijupe et chaussée de hauts talons. Contrairement aux idées reçues, je constatais avec étonnement qu’il y avait proportionnellement autant de femmes que d’hommes qui observaient avec insistance l’aspect général de leur galbe.

Désirant exprimer librement ma féminité, j’ai toujours été, partout et en tous lieux, en toutes circonstances, sans aucune restriction.

Ignorant les mises en garde de mon entourage, de temps en temps inquiet pour ma sécurité en me voyant partir seule m’exposer à d’éventuelles mésaventures.

Heureusement, j’ai toujours été préservée de ce type de situation dangereuse. Je n’ai jamais été agressée, ni verbalement, ni physiquement par personne. Consciente pourtant de cette triste réalité, car plusieurs fois témoin direct d’agressions verbales et de comportements transphobes dont je n’étais pas moi-même la cible. Je connais et mesure les risques et les dangers auxquels sont confrontées quotidiennement les personnes appartenant à la communauté Transgenre.

Je vis cela comme une effroyable injustice causée à mes sœurs, et animée sûrement par un esprit de lutte, d’opposition et de résistance individuelle, je mets au défi, chaque jour, le monde de m’accepter telle que je suis.

4. PUBERTÉ , L’ENFER BIOLOGIQUE !

Habituellement, quand on évoque l’adolescence, tout de suite, quelques mots clé résument cette période particulière de transition entre l’enfance et la vie d’adulte. Puberté, premiers flirts, premières sorties, crise d’ado, etc.

Lorsque l’on est « Transgenre », les mots appropriés ne sont pas tout à fait les mêmes. Enfer, cauchemar, souffrance, isolement, etc.

Pour moi, c’est le moment où les choses se sont vraiment gâtées !

La puberté représente ce déclic où tout bascule du mauvais côté. Elle t’éloigne cruellement de ce que toi, tu ressens intérieurement.

Chaque modification corporelle est vécue comme une véritable souffrance.

L’espoir secret que tu nourris d’être dans le corps d’une fille, s’amenuise au fur et à mesure de l’apparition de chaque caractère sexuel secondaire.

C’est un cauchemar éveillé !

Ton corps, devient une immense usine chimique biologique.

Quoi que tu fasses, mère nature te ramène inexorablement vers ton sexe assigné à la naissance.

Tu ne peux rien faire, tu observes avec désespoir ton corps changer et devenir à tes yeux, de plus en plus étranger à toi-même.

Au point de devenir progressivement une prison, une gangue physique qui t’enferme et étouffe complètement ton moi profond.

C’est à partir de ce moment-là, je pense, que pour fuir cet enfer, je me suis réfugiée dans un monde intérieur très riche, là où subsistait encore ma véritable essence !

Le repli sur soi était réactionnel à cette non-existence et à cette transformation monstrueuse, non choisie, qui t’emmène là où tu ne veux surtout pas aller.

Déjà très timide, cette période de mutation, m’a rendue encore plus solitaire et renfermée.

C’est la pratique de la musique qui m’a obligée à m’ouvrir aux autres. Sans elle, je serais restée seule, cloîtrée dans ma chambre, chez mes parents.

Avec deux amis de collège, j’ai commencé à apprendre à jouer de la guitare électrique.

L’exil dans l’univers musical à été mon second échappatoire, après l’astronomie, pour fuir ma condition.

Sans ces deux passions dévorantes, je ne serai pas là en ce moment, en train d’écrire ces mots !

L’expression artistique m’a permis d’entrevoir un langage universel fait de résonances vibratoires, subtiles et éthérées, situées à la limite du monde physique.

Ainsi, au-delà des apparences, j’avais enfin retrouvé ce fil conducteur qui me reliait à mon âme, à mon essence.

Je n’étais plus perdue !

Réfugiée totalement sur ma terre promise, j’ai essayée de cloisonner ma vie, en sorte que mon activité artistique remplisse l’essentiel de mon temps personnel, en dehors de ma scolarité, pour endormir ma tête et faire abstraction de mon corps physique et de sa révolution corporelle.

L’astronomie et la musique étaient devenues mon OXYGÈNE dans cet enfer biologique !

Je déteste cette période où dans le monde des « pubertaires », on glorifie l’apparition de la moustache sous la forme d’un duvet ridicule, et tel un passage initiatique, le monde masculin assimile les premiers rasages à l’entrée dans le club des « hommes ».

Tout comme cette voix qui mue, qui fait que tu ne te reconnais pas toi-même.

C’est vraiment le symbole de ce corps qui t’échappe, que tu ne contrôles plus.

Une véritable prise d’otages !

Cet accompagnement sociétal du jeune « dopé à la testo » dans le royaume du mâle, est un endoctrinement psychique ravageur, un parrainage hormonal néfaste et toxique pour un Être dont l’identité n’est pas complètement construite.

D’ailleurs, contrairement aux jeunes de mon âge, je ne cherchais pas les rencontres amoureuses ni même les flirts ; je n’étais pas dans la séduction.

Je subissais mon genre assigné.

Lorsque l’on n’aime pas son propre corps, on ne désire pas l’offrir à qui que ce soit.

Évoluant dans un milieu familial plutôt masculin, la seule image féminine que j’avais autour de moi était celle de ma mère.

Je n’ai jamais pu vraiment exprimer ma féminité, d’une manière ou d’une autre. Ce n’était pas envisageable.

Puis, j’ai poursuivi une scolarité sans histoire, sans jamais être attirée sexuellement par les filles ou les garçons.

N’acceptant ni mon corps, ni mes organes génitaux, mon inconscient, pour me protéger face à un tel trauma, me dirigeait vers l’adoption d’un comportement asexué.

La puberté m’a vraiment amenée là où je ne voulais pas aller ! La masculinité !

Parallèlement, au collège, je voyais les filles, qui elles, devenaient des jeunes filles.

Ce qui m’intéressait chez elles, c’était leur façon d’être, leur condition, leur univers. Leur féminité.

Pour moi, elles représentaient cette liberté de l’être, que je n’avais pas.

J’enviais les filles tout simplement !

À cette période de ma vie, c’était comme si l’on avait dressé un mur de séparation, malgré moi, pour me couper de cet univers féminin dans lequel je me reconnaissais totalement. Ce fut une séparation vraiment douloureuse !

Moi, comme beaucoup d’autres, je rêvais de m’endormir le soir et de me réveiller au matin dans le corps d’une fille.

Mais la réalité me ramenait toujours à ma triste condition …

AVANT-PROPOS

J’ai décidé de rédiger ce petit livre témoignage afin de partager avec vous les grandes étapes de ma transition.

À la façon d’un journal de bord, « Ma (Re)naissance » retracera de manière chronologique le cours de ma vie depuis ma petite enfance jusqu’à présent.

Loin des standards littéraires, je souhaite avant tout que ce livre soit simple, sincère et qu’il vous permette d’explorer à travers mon récit, les souffrances et les difficultés engendrées par ce que l’on nomme « La dysphorie de genre ».

Même s’il existe autant d’histoires de vie qu’il y a de personnes, le point commun qui réunit beaucoup de « Transgenres », c’est cette blessure profonde, ce tourment intérieur lié à notre perception corporelle et mentale de non-reconnaissance de notre identité de genre par rapport à celle qui nous est assignée à la naissance.

C’est au regard de cette douloureuse constatation que je souhaite essayer de transmettre le plus fidèlement possible le vécu intérieur d’une personne prisonnière d’un corps qu’elle ne reconnaît pas comme sien.

Devenant progressivement une prison redoutable qui vous enferme de plus en plus et vous réduit à ne plus être que l’ombre de vous-même, la seule libération possible à cette véritable gangue physique passe par le processus de la transition médico-chirurgicale.

Bien sûr, toutes les personnes « Transgenres » ne souhaitent pas forcément suivre un seul et même chemin qui mène vers une remise en adéquation de leur identité de genre avec leur identité profonde ; certaines choisiront uniquement de suivre un traitement hormonal substitutif à vie. Tandis que d’autres auront recours en plus à des interventions chirurgicales afin de leur permettre de se réaliser totalement.

L’essentiel, finalement, est de se débarrasser complètement de cette souffrance intolérable qui ronge de l’intérieur les personnes dysphoriques pour enfin, laisser place au bonheur, à cette joie simple, de vivre et de s’aimer soi-même .

Ainsi, derrière ce terme générique de transition, se cache en réalité une multitude de facettes qui regroupent la complexité et la diversité que constitue l’unité d’un être humain. C’est pourquoi, au travers parfois d’anecdotes ou de situations de la vie quotidienne, je tenterai de vous transmettre cette notion de challenge et de défi que représente un parcours « libre » ou « officiel », et de l’énergie considérable que doit déployer une personne lancée dans cette dynamique libératrice.

Je tiens aussi à préciser que ce livre est un témoignage personnel et qu’à ce titre, il n’a pas vocation à être représentatif de l’ensemble de la communauté Transgenre.

Prenez le temps de lire tranquillement chaque petit chapitre, afin de découvrir mon histoire, celle de ma vie passée d’avant transition et celle de « Ma (Re)naissance », symbole d’espérance emprunt de liberté et du bonheur retrouvé.