12. TRANSGENRE AU QUOTIDIEN – anecdote #2

Cette fois-ci, l’anecdote est extrêmement positive.

C’est en effectuant mes dernières formalités administratives avant mon intervention chirurgicale de féminisation trachéale que la situation s’est présentée.

Après ma consultation pré-opératoire avec la chirurgienne et la consultation d’anesthésie, je me suis rendue au service des admissions de l’hôpital Foch pour effectuer ma pré-admission.

L’agent administratif présente ce jour-là me demande ma carte de circulation de l’hôpital, la carte vitale, l’attestation de mutuelle et ma carte nationale d’identité.

Le tout en main, elle se dirige alors vers la photocopieuse, procède à la copie de l’ensemble des documents demandés.

De retour à son bureau, elle me dit tout naturellement :

– « Vous effectuez la pré-admission pour quelqu’un ? »

Moi surprise, je réponds :

– « Non, c’est pour moi ! »

Au même moment, je comprends qu’elle a vu la photo de ma CNI qui n’a plu rien à voir du tout avec le visage qui se présente devant elle !

Voyant qu’elle ne fait pas immédiatement le rapprochement, un Ange passe puis je ne peux m’empêcher de rajouter :

– « Je suis Transgenre… »

Pas gênée du tout, mais plutôt avec une réelle sympathie et en exprimant un franc sourire, elle me rétorque :

– « Oh ! Vraiment… C’est très réussi ! »

Touchée positivement, je lui réponds :

– « Merci c’est gentil ! »

Cette situation, qui aurait pu être au premier abord vraiment très gênante et me mettre franchement mal à l’aise s’est tout bonnement transformée en un moment très positif qui m’a grandement réchauffé le cœur.

Finalement, nous avons discuté ensemble du changement d’état-civil, du tribunal, du parcours et de tout ce que cela induit …

Vraiment, une belle anecdote, et un bon moment dont je me souviendrai longtemps.

En évoquant ce souvenir heureux, je repense immédiatement à l’ensemble de mes rencontres et des personnes dont j’ai croisées le chemin depuis le début de ma transition.

J’ai eu énormément de chance d’être toujours passée absolument partout comme « une lettre à la poste ». Pourtant, doutant dans un premier temps de mon passing réel, je me suis vite rendu compte, que ce soit sur mon lieu de travail ou en prenant chaque semaine les transports en commun, au gré de mes sorties quotidiennes, combien les gens m’identifiaient au premier regard sans le moindre doute comme une femme cisgenre.

Au point que ma présence dans un lieu public devenait tellement ordinaire et banale que j’avais l’impression d’être devenue complètement une invisible !

Parfois, les seuls regards qui se posaient sur moi, ou plutôt sur mes jambes, étaient lorsque j’étais vêtue d’une minijupe et chaussée de hauts talons. Contrairement aux idées reçues, je constatais avec étonnement qu’il y avait proportionnellement autant de femmes que d’hommes qui observaient avec insistance l’aspect général de leur galbe.

Désirant exprimer librement ma féminité, j’ai toujours été, partout et en tous lieux, en toutes circonstances, sans aucune restriction.

Ignorant les mises en garde de mon entourage, de temps en temps inquiet pour ma sécurité en me voyant partir seule m’exposer à d’éventuelles mésaventures.

Heureusement, j’ai toujours été préservée de ce type de situation dangereuse. Je n’ai jamais été agressée, ni verbalement, ni physiquement par personne. Consciente pourtant de cette triste réalité, car plusieurs fois témoin direct d’agressions verbales et de comportements transphobes dont je n’étais pas moi-même la cible. Je connais et mesure les risques et les dangers auxquels sont confrontées quotidiennement les personnes appartenant à la communauté Transgenre.

Je vis cela comme une effroyable injustice causée à mes sœurs, et animée sûrement par un esprit de lutte, d’opposition et de résistance individuelle, je mets au défi, chaque jour, le monde de m’accepter telle que je suis.

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11. PREMIÈRE DÉLIVRANCE

Poursuivant sans relâche ma transition à un rythme soutenu, chaque mois, je constatais avec joie la progression de celle-ci et commençais à recueillir les premières réactions positives des personnes autour de moi.

Certaines de mes collègues et amies me faisaient des compliments à propos de mes tenues vestimentaires, sur ma façon de me maquiller, ou tout simplement pour me dire que j’avais de belles jambes. Tout ceci contribuait énormément à développer en moi un bien-être nouveau, ainsi qu’un épanouissement grandissant.

Comme beaucoup de mes sœurs Transgenres, j’avais moi aussi pris l’habitude, depuis ma toute première prise d’hormones, d’effectuer chaque mois quelques autoportraits photographiques pour suivre l’évolution de mes changements corporels.

Loin d’assouvir un narcissisme prononcé, ceci m’aidait psychologiquement pour prendre du recul sur moi-même, et avec le temps, me permettait aussi de percevoir nettement ces petits changements subtils qu’au quotidien l’on ne perçoit pas.

D’ailleurs, il suffit que l’intervalle se creuse de quelques mois avant de revoir une personne proche, pour constater à quel point celle-ci vous trouve métamorphosée !

Tous ces petits signes sont autant d’encouragements qui participent à faire grandir votre confiance en vous et, face au long chemin sinueux qui reste encore à parcourir, vous rassure et vous conforte sur vos capacités à le poursuivre.

De même pour l’épilation laser, je commençais à récolter les fruits de tant d’efforts. Je pouvais enfin me permettre d’espacer un peu plus les séances. Passant de tous les quinze jours au début, à une séance mensuelle à présent. La technicienne, satisfaite du résultat obtenu, augmentait maintenant la puissance de feu du laser.

C’était une véritable moisson d’ondes positives qui se propageait tout autour de moi et rayonnait d’une belle énergie. Celle qui décuple vos forces et vous tire vers l’avant !

Mon psychiatre généraliste, lui aussi, amplifiait ce mouvement ascendant. Lors d’une consultation, d’un ton chaleureux, il qualifia ma transition de « Fleuve tranquille » et qu’à ce titre, il me conseillait vivement de me mettre à l’écriture pour partager mon histoire. Il ne savait pas encore que j’avais déjà songé à ce livre depuis bien longtemps. En tout cas, lui aussi allait dans mon sens et je me sentais pousser des ailes.

Je concluais le début de l’hiver par un rendez-vous pré-opératoire avec la chirurgienne ORL qui allait bientôt me délivrer de cette pomme d’Adam proéminente m’infligeant tant de souffrances et de mal-être depuis la puberté.

Quant à mon diagnostic différentiel, il était à présent terminé et le psychiatre expert rendit sa conclusion en me disant : – « Votre dysphorie est évidente, votre témoignage est d’une grande sincérité ! ».

Que dire de plus… J’étais aux anges ; encore une personne qui reconnaissait ma légitimité !

Le début d’année commença avec la même tonalité par la présentation de mon dossier médical en réunion de concertation pluridisciplinaire afin d’obtenir l’accord général des professionnels de santé pour ma chirurgie de réassignation génitale.

Deux jours plus tard, le 18 janvier 2018, avait lieu ma toute première délivrance corporelle par assistance chirurgicale.

Il s’agissait d’une chondrolaryngoplastie, ou plus communément appelée réduction de la pomme d’Adam.

J’attendais vraiment cette intervention depuis bien longtemps…

C’est à l’hôpital Foch qu’exerce cette chirurgienne ORL exceptionnelle, qui plus est, fait partie d’un réseau associatif de prise en charge des personnes Trans. Avant de raconter le déroulement de mon séjour, je tiens à insister sur la grande qualité humaine que j’ai découverte à tout niveau au sein de cet établissement. Que ce soit dans le personnel administratif, paramédical ou médical, j’ai été subjuguée par la qualité de l’accueil, le respect et la sympathie de tout le personnel.

Moi qui aie bientôt 20 ans d’expérience professionnelle à l’hôpital, j’affirme qu’il se dégage de ce lieu, un magnifique esprit Humaniste.

À J zéro, comme on dit en chirurgie, j’ai été convoquée à l’Unité d’Accueil Pré-Opératoire en début de matinée.

Une coordinatrice m’a accueillie afin de faire le point sur mon dossier puis, releva mes constantes, tension, pouls, saturation et température, avant de me demander mon niveau d’anxiété.

Ensuite, elle me donna une pré-médication. Dans mon cas, rien à voir avec un décontractant ou un anxiolytique, pour moi, c’était limité à la prise orale d’un gramme de paracétamol. Puis elle m’a fourni pour le bloc opératoire un pyjama, un peignoir, des chaussons et des surchaussures. Après m’être changée, direction la salle d’attente. C’est là que le temps paraît vraiment plus long.

Enfin, un agent d’accueil est venu me chercher. À ce moment précis, la coordinatrice récupéra mes effets personnels, et c’est à pied, tranquillement, que je me suis rendue au bloc opératoire en empruntant un couloir et un ascenseur à accès réglementé.

À peine arrivée, les infirmières et médecins anesthésistes m’ont pris directement en charge. Comme cadeau de bienvenue, distribution de charlotte et de nouvelles surchaussures. J’ai marché pour parcourir les derniers mètres qui me séparaient de la salle d’opération.

J’ai vraiment été littéralement bluffée par la gentillesse et la douceur de l’ensemble de l’équipe du bloc, et tout particulièrement, par ma brève rencontre, mais ô combien inoubliable, avec Sonia une infirmière anesthésiste.

Lorsque vous arrivez dans cette grande salle, très impressionnante, high-tech, avec plein de moniteurs de contrôle, vous prenez conscience que le moment tant attendu est enfin arrivé !

Mais, ce qui m’a vraiment le plus touché, c’est l’attitude rassurante et bienveillante du personnel de ce bloc opératoire qui humanise à deux cent pour-cent ce lieu si aseptisé par nature.

Je me suis sentie si respectée et considérée que je n’avais plus l’impression d’être une patiente lambda parmi tant d’autre, mais d’être juste Laureen et que cette équipe allait m’accompagner vers le but que je m’étais fixé.

Très attentionnés, ils m’ont installée, réchauffés avec une couverture d’air chaud, perfusée, puis attachée avec une ceinture de sécurité, anticipant le moment où je perdrais conscience et où mon corps atonique risquait de tomber.

Puis tranquillement, ils m’ont demandé de prendre de grandes inspirations par le nez dans le masque à oxygène et de penser à quelque chose d’agréable et de positif. Puis, ils ont injecté un premier produit qui rapidement m’a fait tourner la tête puis rendue inconsciente…

J’ai repris mes esprits en salle de réveil sans ressentir vraiment de douleur, mais plutôt une gêne au niveau de la gorge et lors de la déglutition.

L’anesthésie faisait encore effet et c’est pourquoi j’avais du mal, à garder mes yeux ouverts et je replongeais régulièrement dans le sommeil. Lorsque je reprenais conscience, je captais tous les sons des alarmes, des gémissements d’autres patients, et les paroles réconfortantes du personnel.

Cloisonnée par des petits rideaux, j’étais dans mon coin, sereine et détendue. De temps en temps, je sentais le brassard qui contrôlait ma tension et l’infirmière qui, près de moi, me demandait si j’avais mal.

Puis, un brancardier est venu me chercher afin de me conduire dans ma chambre pour une nuit de surveillance au sein de l’Unité de Chirurgie de Courte Durée.

Très rapidement, après mon arrivée, un étudiant infirmier en deuxième année m’a repris les paramètres vitaux puis, accompagné d’une infirmière, a procédé à mon premier lever. Dans les cinq minutes après leur départ, j’ai quitté mon lit pour me rendre dans la salle de bain et découvrir enfin, dans le miroir, le résultat !

Malgré l’œdème tout à fait normal et la cicatrice bien visible, j’étais tellement heureuse de découvrir enfin le cou dont je rêvais depuis si longtemps.

Ce n’était vraiment que du BONHEUR !

Moi qui, avant, cachais mon cou avec un bandana, à tel point je détestais l’image que je voyais dans le miroir, là, je me suis empressée, d’attacher autour de mon cou, le petit collier « Laureen » que j’avais acheté auparavant et gardais précieusement pour ce grand jour !

Des larmes de joie me montent aux yeux quand je repense à ce moment.

En fin de journée, la chirurgienne est revenue me voir. Elle m’a auscultée et semblait tout à fait satisfaite de son travail.

Puis, j’ai eu le droit de manger un repas le soir même. J’ai tout de même laissé le pain, de peur d’avoir quelques difficultés à l’avaler. En revanche, le potage est passé comme une lettre à la poste.

Puis, j’ai eu plusieurs fois la visite d’infirmières pour me donner des antalgiques avec de nouveau, prise des constantes et évaluation de la douleur.

La nuit s’est super bien passée. Moi qui d’ordinaire dors très peu, j’ai passé une excellente nuit accompagnée de la Tour Eiffel jusqu’au petit matin.

Juste avant ma sortie, la chirurgienne est passée me voir et m’a recommandé de ne pas tirer sur mes épaules pour ne pas exercer de tension sur la cicatrice.

J’ai profité de sa visite pour la remercier et lui dire à quel point son travail change la Vie des personnes Transgenres.

Je garde pour toujours un merveilleux souvenir de cette hospitalisation au sein de l’hôpital Foch et je n’oublierai jamais la profonde Humanité que j’y ai ressentie.