7. TRANSITION ADMINISTRATIVE, LES PRÉMICES DU COMBAT

La transition administrative est vraiment une étape incontournable lors d’une transition.

Malheureusement, elle a tendance à transformer une simple formalité en un véritable « parcours de combattant », usant et éprouvant psychologiquement et pouvant devenir, à la longue, une mise à l’épreuve pour les nerfs de la requérante.

Moi qui avais déposé mon dossier en mairie un mois avant, je pensais innocemment que cette démarche était vraiment simplifiée.

J’avais rempli simplement le formulaire de l’Annexe 4 de demande de changement de prénom, relatif à l’article 60 du code civil.

Puis déposée le tout à la mairie de ma commune de résidence.

Déjà, j’ai senti que le personnel au guichet d’accueil ne semblait pas à l’aise avec cette procédure et qu’une résistance sous-jacente émergeait de ces locaux administratifs. Plus explicitement, j’ai franchement ressenti une franche opposition à ma demande et j’ai immédiatement compris que ce n’était pas gagné d’avance !

Mais comme d’habitude dans de tels cas, c’est l’outil informatique qui, bien souvent, sert de dissimulateur d’incompétence humaine ou d’alibi de mauvaise foi.

Normalement, au bout de quelques jours, vous devez recevoir une réponse de la part d’un officier de l’état-civil.

Dans mon cas, la boîte aux lettres restait désespérément vide !

J’ai donc relancé plusieurs fois par mail ma mairie qui semblait exposer de manière prolongée mon dossier à la poussière de bureau.

Puis, finalement, début août, je reçois enfin une lettre signée de la main de mon Maire qui me stipule que mon dossier à été « soit disant » tout bonnement adressé au Procureur de la République et que celui-ci me demande plus de justificatifs afin de prouver la légitimité de ma requête.

Déjà, pas mal le délai d’un mois pour en arriver là !

À ce moment précis, tu te dis que la simplification de la loi est une foutaise et surtout, que l’application des lois sur le territoire national est complètement inégalitaire et arbitraire en fonction de l’endroit où tu résides.

Ne lâchant rien, et surtout, doutant de la sincérité et de la bienveillance de ma commune, j’ai pris directement contact avec le Tribunal de Grande Instance de mon secteur pour vérifier la qualité des informations qui m’avaient été transmises.

Et heureusement !

Car en réalité, ils n’avaient rien fait de concret, sauf de me faire perdre un temps précieux !

J’ai donc décidé, depuis ce jour, de reprendre toute l’affaire en main et quitte à me lancer dans une procédure longue et compliquée, j’ai eu l’idée d’effectuer en une seule fois le changement de prénom, ainsi que le changement de mention de sexe à l’état-civil.

Sachant que depuis le 10 mai 2017, une circulaire rendait possible le dépôt de ce type de requête auprès du Procureur de la République sans avoir besoin de l’assistance d’un avocat, autrefois obligatoire.

Je suis donc devenue ma propre avocate, ayant compris que l’application des loi en France était ralentie par des individus réfractaires au changement et que ma démarche initiale, pourtant si simple dans les textes de lois, se transformait concrètement sur le terrain civil en un combat administratif de longue haleine.

J’ai donc constitué sur plusieurs semaines un épais dossier, très conséquent, rassemblant justificatifs divers et variés, quelques photos de moi, attestations d’amis et de proches, afin de prouver la légitimité de ma demande. Le tout accompagné d’une lettre expliquant et détaillant précisément le pourquoi du comment de mes requêtes adressées au Procureur de la République.

Dans la constitution de ce dossier, il est important d’apporter devant le Procureur des preuves concrètes qui démontrent que, dans votre quotidien vous utilisez déjà, dans la limite de la légalité, le prénom qui correspond à votre identité de genre.

De la simple facture, aux mails et correspondances diverses, tout est bon pour appuyer votre requête et asseoir votre légitimité.

Normalement, il n’est plus nécessaire de fournir des certificats et documents médicaux d’endocrinologue et de psychiatre pour effectuer votre demande, mais dans la réalité, force est de constater que c’est souvent le seul moyen d’éviter une fin de non-recevoir.

Pour ma part, j’ai fourni tout ce qui était en ma possession pour transformer ma missive en béton armé.

J’ai déposé mon dossier directement au Tribunal de Grande Instance le 19 septembre 2017, soit presque trois mois après depuis le début de ma démarche.

Vive la simplicité !

Puis, j’ai suivi scrupuleusement l’avancement de mon dossier en appelant régulièrement le service civil du parquet du tribunal de ma circonscription.

Surtout ne rien lâcher, tenir bon, user de beaucoup de diplomatie et de ténacité, auprès de ces instances.

C’est dans ces moments-là que l’on comprends beaucoup mieux le sens profond du mot « PARCOURS » et de tout ce que çà implique concrètement.

Finalement, début décembre, j’ai reçu un courrier du greffier me demandant quelques documents et justificatifs supplémentaires afin de pouvoir finaliser l’instruction de mon dossier.

Cette première étape relative à ma transition administrative introduisait les prémices du combat à venir pour la reconnaissance de ma légitimité.

Quoiqu’il arrive, restez toujours positives, défendez vos droits avec opiniâtreté et combativité à toute épreuve !

Les lois ne représentent pas seulement des textes, mais délimitent les contours de la pensée humaine face aux situations de la vie courante des individus et des citoyens dans une société en pleine mutation.

À nous de faire bouger ces lignes et d’en élargir les limites.

C’est uniquement à ce prix que nous forcerons le respect et obtiendrons une intégration parfaite dans une société civile qui ne mesure pas toujours à sa juste valeur l’urgence de nos demandes face aux difficultés que nous rencontrons au quotidien.

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4. PUBERTÉ , L’ENFER BIOLOGIQUE !

Habituellement, quand on évoque l’adolescence, tout de suite, quelques mots clé résument cette période particulière de transition entre l’enfance et la vie d’adulte. Puberté, premiers flirts, premières sorties, crise d’ado, etc.

Lorsque l’on est « Transgenre », les mots appropriés ne sont pas tout à fait les mêmes. Enfer, cauchemar, souffrance, isolement, etc.

Pour moi, c’est le moment où les choses se sont vraiment gâtées !

La puberté représente ce déclic où tout bascule du mauvais côté. Elle t’éloigne cruellement de ce que toi, tu ressens intérieurement.

Chaque modification corporelle est vécue comme une véritable souffrance.

L’espoir secret que tu nourris d’être dans le corps d’une fille, s’amenuise au fur et à mesure de l’apparition de chaque caractère sexuel secondaire.

C’est un cauchemar éveillé !

Ton corps, devient une immense usine chimique biologique.

Quoi que tu fasses, mère nature te ramène inexorablement vers ton sexe assigné à la naissance.

Tu ne peux rien faire, tu observes avec désespoir ton corps changer et devenir à tes yeux, de plus en plus étranger à toi-même.

Au point de devenir progressivement une prison, une gangue physique qui t’enferme et étouffe complètement ton moi profond.

C’est à partir de ce moment-là, je pense, que pour fuir cet enfer, je me suis réfugiée dans un monde intérieur très riche, là où subsistait encore ma véritable essence !

Le repli sur soi était réactionnel à cette non-existence et à cette transformation monstrueuse, non choisie, qui t’emmène là où tu ne veux surtout pas aller.

Déjà très timide, cette période de mutation, m’a rendue encore plus solitaire et renfermée.

C’est la pratique de la musique qui m’a obligée à m’ouvrir aux autres. Sans elle, je serais restée seule, cloîtrée dans ma chambre, chez mes parents.

Avec deux amis de collège, j’ai commencé à apprendre à jouer de la guitare électrique.

L’exil dans l’univers musical à été mon second échappatoire, après l’astronomie, pour fuir ma condition.

Sans ces deux passions dévorantes, je ne serai pas là en ce moment, en train d’écrire ces mots !

L’expression artistique m’a permis d’entrevoir un langage universel fait de résonances vibratoires, subtiles et éthérées, situées à la limite du monde physique.

Ainsi, au-delà des apparences, j’avais enfin retrouvé ce fil conducteur qui me reliait à mon âme, à mon essence.

Je n’étais plus perdue !

Réfugiée totalement sur ma terre promise, j’ai essayée de cloisonner ma vie, en sorte que mon activité artistique remplisse l’essentiel de mon temps personnel, en dehors de ma scolarité, pour endormir ma tête et faire abstraction de mon corps physique et de sa révolution corporelle.

L’astronomie et la musique étaient devenues mon OXYGÈNE dans cet enfer biologique !

Je déteste cette période où dans le monde des « pubertaires », on glorifie l’apparition de la moustache sous la forme d’un duvet ridicule, et tel un passage initiatique, le monde masculin assimile les premiers rasages à l’entrée dans le club des « hommes ».

Tout comme cette voix qui mue, qui fait que tu ne te reconnais pas toi-même.

C’est vraiment le symbole de ce corps qui t’échappe, que tu ne contrôles plus.

Une véritable prise d’otages !

Cet accompagnement sociétal du jeune « dopé à la testo » dans le royaume du mâle, est un endoctrinement psychique ravageur, un parrainage hormonal néfaste et toxique pour un Être dont l’identité n’est pas complètement construite.

D’ailleurs, contrairement aux jeunes de mon âge, je ne cherchais pas les rencontres amoureuses ni même les flirts ; je n’étais pas dans la séduction.

Je subissais mon genre assigné.

Lorsque l’on n’aime pas son propre corps, on ne désire pas l’offrir à qui que ce soit.

Évoluant dans un milieu familial plutôt masculin, la seule image féminine que j’avais autour de moi était celle de ma mère.

Je n’ai jamais pu vraiment exprimer ma féminité, d’une manière ou d’une autre. Ce n’était pas envisageable.

Puis, j’ai poursuivi une scolarité sans histoire, sans jamais être attirée sexuellement par les filles ou les garçons.

N’acceptant ni mon corps, ni mes organes génitaux, mon inconscient, pour me protéger face à un tel trauma, me dirigeait vers l’adoption d’un comportement asexué.

La puberté m’a vraiment amenée là où je ne voulais pas aller ! La masculinité !

Parallèlement, au collège, je voyais les filles, qui elles, devenaient des jeunes filles.

Ce qui m’intéressait chez elles, c’était leur façon d’être, leur condition, leur univers. Leur féminité.

Pour moi, elles représentaient cette liberté de l’être, que je n’avais pas.

J’enviais les filles tout simplement !

À cette période de ma vie, c’était comme si l’on avait dressé un mur de séparation, malgré moi, pour me couper de cet univers féminin dans lequel je me reconnaissais totalement. Ce fut une séparation vraiment douloureuse !

Moi, comme beaucoup d’autres, je rêvais de m’endormir le soir et de me réveiller au matin dans le corps d’une fille.

Mais la réalité me ramenait toujours à ma triste condition …

AVANT-PROPOS

J’ai décidé de rédiger ce petit livre témoignage afin de partager avec vous les grandes étapes de ma transition.

À la façon d’un journal de bord, « Ma (Re)naissance » retracera de manière chronologique le cours de ma vie depuis ma petite enfance jusqu’à présent.

Loin des standards littéraires, je souhaite avant tout que ce livre soit simple, sincère et qu’il vous permette d’explorer à travers mon récit, les souffrances et les difficultés engendrées par ce que l’on nomme « La dysphorie de genre ».

Même s’il existe autant d’histoires de vie qu’il y a de personnes, le point commun qui réunit beaucoup de « Transgenres », c’est cette blessure profonde, ce tourment intérieur lié à notre perception corporelle et mentale de non-reconnaissance de notre identité de genre par rapport à celle qui nous est assignée à la naissance.

C’est au regard de cette douloureuse constatation que je souhaite essayer de transmettre le plus fidèlement possible le vécu intérieur d’une personne prisonnière d’un corps qu’elle ne reconnaît pas comme sien.

Devenant progressivement une prison redoutable qui vous enferme de plus en plus et vous réduit à ne plus être que l’ombre de vous-même, la seule libération possible à cette véritable gangue physique passe par le processus de la transition médico-chirurgicale.

Bien sûr, toutes les personnes « Transgenres » ne souhaitent pas forcément suivre un seul et même chemin qui mène vers une remise en adéquation de leur identité de genre avec leur identité profonde ; certaines choisiront uniquement de suivre un traitement hormonal substitutif à vie. Tandis que d’autres auront recours en plus à des interventions chirurgicales afin de leur permettre de se réaliser totalement.

L’essentiel, finalement, est de se débarrasser complètement de cette souffrance intolérable qui ronge de l’intérieur les personnes dysphoriques pour enfin, laisser place au bonheur, à cette joie simple, de vivre et de s’aimer soi-même .

Ainsi, derrière ce terme générique de transition, se cache en réalité une multitude de facettes qui regroupent la complexité et la diversité que constitue l’unité d’un être humain. C’est pourquoi, au travers parfois d’anecdotes ou de situations de la vie quotidienne, je tenterai de vous transmettre cette notion de challenge et de défi que représente un parcours « libre » ou « officiel », et de l’énergie considérable que doit déployer une personne lancée dans cette dynamique libératrice.

Je tiens aussi à préciser que ce livre est un témoignage personnel et qu’à ce titre, il n’a pas vocation à être représentatif de l’ensemble de la communauté Transgenre.

Prenez le temps de lire tranquillement chaque petit chapitre, afin de découvrir mon histoire, celle de ma vie passée d’avant transition et celle de « Ma (Re)naissance », symbole d’espérance emprunt de liberté et du bonheur retrouvé.