5. UN HOMME A L’ESSAI

De l’extérieur, j’étais perçu comme un jeune homme ordinaire, plutôt mignon et sans problème.

Pourtant, derrière cette façade d’illusion et ce calme apparent, persistaient en réalité un gigantesque tourment et une immense solitude.

J’étais absolument seule, face à moi-même, traînant ma dysphorie, telle une malédiction, un sortilège que l’on ne peut conjurer.

Je ne me suis jamais confié à personne, JAMAIS !

Incapable d’ouvrir ma bouche pour m’exprimer sur mon mal-être et tenter de me libérer de cette pression interne. J’ai au contraire, au fil des années, épaissi ce secret avec des couches successives de béton armé sur les strates de ma vie.

Comme si, ma prison corporelle ne suffisait pas, j’ai bâti une forteresse imprenable, semblable à un barrage mental, complètement étanche.

Je me suis isolée toute seule ! Et mon silence nourrissait mon désespoir.

Au point que, lorsque je suis devenue jeune adulte, j’étais totalement résignée, ayant perdu tout espoir de pouvoir me réaliser un jour.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé l’avenir qui se profilait devant moi.

J’ai d’abord fait mon service national dans la marine, milieu masculin à cent pour-cent.

Pour moi, cela représentait une immersion dans l’enfer de la testostérone. Heureusement, dans cette épreuve, j’ai réussi à occuper un poste de maître d’hôtel, avec des responsabilités liées à la gestion du carré des officiers et d’un hôtel, bien loin des fusils d’assaut et des rangers.

Éloignée de la vie de caserne, protégée un peu, car étant proche de mon domicile, je pouvais rentrer souvent chez moi pour y trouver refuge.

Puis, libérée de mes obligations militaires, j’ai commencé à enchaîner de petits boulots et des formations.

C’est au cours d’une formation d’aide à la personne, que j’ai rencontré une personne exceptionnelle, nommée Jacqueline, qui allait devenir, bien plus tard, mon épouse.

Moi qui d’ordinaire, ne fréquentais absolument personne et n’envisageais aucune relation ; le destin en a décidé autrement !

J’ai littéralement et immédiatement reconnue en elle mon âme sœur.

Je ne pensais pas un jour, pouvoir aimer quelqu’un et ressentir des sentiments aussi forts au travers de mon épaisse carapace.

Elle a fait fondre mon blindage et a su toucher mon cœur.

Nous avons une différence d’âge. Elle à douze ans de plus que moi. Mais l’amour n’en ayant pas, cela ne m’a jamais dérangé.

Elle est mon premier réel grand amour, et ma rencontre avec elle, a bouleversé ma vie à jamais.

En découvrant l’Amour, j’ai cru à cet instant faire table rase de mes conflits internes et être en voie de guérison.

Heureuse comme jamais, ce bonheur partagé avec ma compagne a soigné mes blessures et m’a fait entrevoir un avenir inespéré !

Cette trêve avec ma dysphorie était temporaire, et j’ignorais alors, que toujours présente, mais en arrière-plan, elle reviendrait sur le devant de la scène, plus forte, et par vagues successives.

Notre relation de couple, est devenue de plus en plus sérieuse et durable et nous nous sommes dirigées vers une vie commune.

Parallèlement, sous la pression sociale, il était temps pour moi, de rentrer dans le moule préétabli et de devenir quelqu’un de responsable.

Lorsque j’ai commencé ma formation d’aide-soignante, j’avais enfin réussi à retrouver cet univers que j’aimais tant, où je me sentais si bien : le milieu féminin.

Être au milieu des femmes, c’était pour moi, comme être une femme parmi les femmes. Être tout simplement une d’entre elle.

Puis le bonheur, à frappé à ma porte une seconde fois, pendant mes études, et je suis devenu le papa d’une adorable petite fille que nous avons appelée Maeva !

Porté par l’amour des miens, et mes nouvelles responsabilités, j’ai assumé ce rôle pleinement, tête baissée…

Entre temps, la trêve, qui en réalité n’en était pas une, a cessé complètement, et pour moi, ce fut un retour case départ. Cette fois-ci, encore plus difficile à gérer, car elle n’engageait plus uniquement ma petite personne, mais ma nouvelle famille, mon petit foyer.

À maintes reprises, j’ai failli trouver l’opportunité, le bon moment, pour me confier à ma femme. Mais je n’étais pas prête psychologiquement et chaque fois, je reportais mes tentatives, me retranchant derrière des excuses non-valables, mais qui justifiaient de maintenir le silence, ce secret, appartenant à mon vieux mécanisme de défense, bien rôdé et entretenu, depuis des décennies.

J’étais repartie de nouveau dans ma spirale infernale !

Pour tenter d’apaiser et de diminuer ma dysphorie, parfois, je me réfugiais à l’extrême dans le genre masculin, allant jusqu’à me laisser pousser la moustache, alors que je déteste çà !

Ou à l’inverse, lorsque l’occasion se présentait à moi, j’achetais secrètement, des vêtements féminins, pour profiter de ces moments, et être pleinement moi.

Malheureusement, je souffrais de cette espèce d’identité clandestine, jamais reconnue, toujours existante, uniquement dans l’ombre de mon miroir.

J’aime bien utiliser comme image, pour expliquer ce vécu avec la dysphorie de genre, celle du bouchon de liège, que l’on peut essayer désespérément de plonger au fond de l’eau (l’eau représentant l’inconscient). Malgré tous vos efforts, il finit toujours par remonter à la surface avec au moins la même force que vous lui avez soumis.

La dysphorie n’est pas linéaire, mais vous assène selon des amplitudes variables, des retours en force, par vagues successives.

Ainsi, pendant de nombreuses années, j’ai essayé de survivre à tout çà, en cultivant une image androgyne de moi.

Elle me permettait d’étouffer un peu moins dans mon corps et d’apaiser cette souffrance, sans créer pour autant une onde de choc autour de moi. Un peu comme une sorte de compromis.

Je voulais préserver ma famille, mon foyer, et ne pas perturber l’équilibre et le développement psychologique de notre enfant.

Étant passée par-là moi-même, je ne voulais pas exposer notre fille, et encore moins à ce stade difficile de l’adolescence.

Mais ensuite, ma dysphorie s’est amplifiée au point que, malgré mon caractère sage et raisonnable, le barrage mental que j’ai érigé durant toutes ces années a définitivement cédé.

Je ne voulais plus vivre dans la compromission et les faux-semblants.

Je ne voulais plus souffrir !

Mon genre est féminin, c’est à ce genre auquel j’appartiens et à nul autre !

Le masculin me fait souffrir, le féminin lui, m’épanouit !

Concernant la sexualité, je n’ai jamais été trop porté sur la relation charnelle. Mais j’ai toujours associé l’acte sexuel à l’expression d’une preuve d’amour, un partage avec la personne aimée.

La vue de mes organes génitaux externes me dérange fortement, car comme le reste de mon corps, ils affichent à l’extérieur, le contraire de ce que je suis réellement à l’intérieur !

Je dois bien avouer que j’ai toujours été « Un Homme à l’essai », pas vraiment à la hauteur.

Cela a soulevé beaucoup d’interrogations à ma femme, et hélas, de questions sans réponse de ma part pendant de longues années.

Puis, j’ai commencé à consulter un psychiatre pour parler de ma dysphorie, en me disant que cette personne serait à même de me comprendre, sans me juger, tout en restant neutre. Ce fût effectivement le cas, son soutien m’a aidé à verbaliser les choses refoulées en moi.

Malgré tout, le désir de modifier mon apparence physique pour la rendre conforme à mon genre désiré continuait son expansion, sa révolution intérieure.

En 2015, j’ai tenté de m’épiler moi-même à la lumière pulsée, en suivant le cycle pilaire, pour éradiquer ce signe extérieur de masculinité, objet de tant de souffrance et de rituels de rasage au quotidien.

Après plus d’une année de traitement avec de bons résultats sur mon corps, mais non-probants sur mon visage, j’ai décidé de m’adresser à des professionnels du laser fin 2016.

Ses résultats encourageants, ont-ils amorcé un déclic, un point de non-retour ? Je ne sais pas ?

Mais une dynamique nouvelle à vue le jour, et m’a donné la force de faire mon coming-out auprès de mes proches. Chose inenvisageable jusque-là !

J’ai dit tout simplement à ma femme et à ma fille que j’avais une sensibilité féminine et que mon côté androgyne cachait en réalité mon identité profonde.

J’ai dit aussi que j’avais toujours été comme çà depuis mon enfance et que j’avais toujours été sincère dans mes sentiments envers elles, que c’était pour moi une souffrance intérieure, étouffée par la pression sociale.

Elles ont plutôt bien réagi à mes propos. Ma femme regrette que je ne lui aie pas confié cela avant. J’ai répondu que c’était une épreuve difficile pour moi. Que je n’aurais pas imaginé un jour pouvoir me délivrer de ce poids intérieur.

Ma fille à été très compréhensive et fit preuve d’une grande tolérance. Une complicité supplémentaire, un rapprochement avec elle, s’est créé depuis mon coming-out ! C’est un être d’une grande sensibilité, intelligente et très belle. J’en suis extrêmement fière.

Depuis, leur soutien me donne la force d’avancer et me permet d’avoir davantage confiance en moi et d’exprimer plus librement ma féminité en situation réelle.

À présent, c’est moi qui souhaite rattraper le temps perdu.

J’ai 47 ans… Je veux vivre pleinement ma vie de femme dans le genre désiré.

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4. PUBERTÉ , L’ENFER BIOLOGIQUE !

Habituellement, quand on évoque l’adolescence, tout de suite, quelques mots clé résument cette période particulière de transition entre l’enfance et la vie d’adulte. Puberté, premiers flirts, premières sorties, crise d’ado, etc.

Lorsque l’on est « Transgenre », les mots appropriés ne sont pas tout à fait les mêmes. Enfer, cauchemar, souffrance, isolement, etc.

Pour moi, c’est le moment où les choses se sont vraiment gâtées !

La puberté représente ce déclic où tout bascule du mauvais côté. Elle t’éloigne cruellement de ce que toi, tu ressens intérieurement.

Chaque modification corporelle est vécue comme une véritable souffrance.

L’espoir secret que tu nourris d’être dans le corps d’une fille, s’amenuise au fur et à mesure de l’apparition de chaque caractère sexuel secondaire.

C’est un cauchemar éveillé !

Ton corps, devient une immense usine chimique biologique.

Quoi que tu fasses, mère nature te ramène inexorablement vers ton sexe assigné à la naissance.

Tu ne peux rien faire, tu observes avec désespoir ton corps changer et devenir à tes yeux, de plus en plus étranger à toi-même.

Au point de devenir progressivement une prison, une gangue physique qui t’enferme et étouffe complètement ton moi profond.

C’est à partir de ce moment-là, je pense, que pour fuir cet enfer, je me suis réfugiée dans un monde intérieur très riche, là où subsistait encore ma véritable essence !

Le repli sur soi était réactionnel à cette non-existence et à cette transformation monstrueuse, non choisie, qui t’emmène là où tu ne veux surtout pas aller.

Déjà très timide, cette période de mutation, m’a rendue encore plus solitaire et renfermée.

C’est la pratique de la musique qui m’a obligée à m’ouvrir aux autres. Sans elle, je serais restée seule, cloîtrée dans ma chambre, chez mes parents.

Avec deux amis de collège, j’ai commencé à apprendre à jouer de la guitare électrique.

L’exil dans l’univers musical à été mon second échappatoire, après l’astronomie, pour fuir ma condition.

Sans ces deux passions dévorantes, je ne serai pas là en ce moment, en train d’écrire ces mots !

L’expression artistique m’a permis d’entrevoir un langage universel fait de résonances vibratoires, subtiles et éthérées, situées à la limite du monde physique.

Ainsi, au-delà des apparences, j’avais enfin retrouvé ce fil conducteur qui me reliait à mon âme, à mon essence.

Je n’étais plus perdue !

Réfugiée totalement sur ma terre promise, j’ai essayée de cloisonner ma vie, en sorte que mon activité artistique remplisse l’essentiel de mon temps personnel, en dehors de ma scolarité, pour endormir ma tête et faire abstraction de mon corps physique et de sa révolution corporelle.

L’astronomie et la musique étaient devenues mon OXYGÈNE dans cet enfer biologique !

Je déteste cette période où dans le monde des « pubertaires », on glorifie l’apparition de la moustache sous la forme d’un duvet ridicule, et tel un passage initiatique, le monde masculin assimile les premiers rasages à l’entrée dans le club des « hommes ».

Tout comme cette voix qui mue, qui fait que tu ne te reconnais pas toi-même.

C’est vraiment le symbole de ce corps qui t’échappe, que tu ne contrôles plus.

Une véritable prise d’otages !

Cet accompagnement sociétal du jeune « dopé à la testo » dans le royaume du mâle, est un endoctrinement psychique ravageur, un parrainage hormonal néfaste et toxique pour un Être dont l’identité n’est pas complètement construite.

D’ailleurs, contrairement aux jeunes de mon âge, je ne cherchais pas les rencontres amoureuses ni même les flirts ; je n’étais pas dans la séduction.

Je subissais mon genre assigné.

Lorsque l’on n’aime pas son propre corps, on ne désire pas l’offrir à qui que ce soit.

Évoluant dans un milieu familial plutôt masculin, la seule image féminine que j’avais autour de moi était celle de ma mère.

Je n’ai jamais pu vraiment exprimer ma féminité, d’une manière ou d’une autre. Ce n’était pas envisageable.

Puis, j’ai poursuivi une scolarité sans histoire, sans jamais être attirée sexuellement par les filles ou les garçons.

N’acceptant ni mon corps, ni mes organes génitaux, mon inconscient, pour me protéger face à un tel trauma, me dirigeait vers l’adoption d’un comportement asexué.

La puberté m’a vraiment amenée là où je ne voulais pas aller ! La masculinité !

Parallèlement, au collège, je voyais les filles, qui elles, devenaient des jeunes filles.

Ce qui m’intéressait chez elles, c’était leur façon d’être, leur condition, leur univers. Leur féminité.

Pour moi, elles représentaient cette liberté de l’être, que je n’avais pas.

J’enviais les filles tout simplement !

À cette période de ma vie, c’était comme si l’on avait dressé un mur de séparation, malgré moi, pour me couper de cet univers féminin dans lequel je me reconnaissais totalement. Ce fut une séparation vraiment douloureuse !

Moi, comme beaucoup d’autres, je rêvais de m’endormir le soir et de me réveiller au matin dans le corps d’une fille.

Mais la réalité me ramenait toujours à ma triste condition …

3. PREMIERS QUESTIONNEMENTS

Aussi, loin, que je me souvienne, mes premiers questionnements, concernant mon identité, ont commencé à l’âge de huit ans.

Bien sûr, en 1978, il n’y avait pas internet comme maintenant, et l’accessibilité à l’information sur la transidentité, pour un enfant, était inexistante.

De toute façon, je ne connaissais absolument pas le sujet et je n’en avais jamais entendu parlé.

Donc, pour moi, mes questions restaient sans réponse.

Les seules choses que j’avais observées chez moi, avec certitude, c’était que j’étais fasciné par les vêtements féminins et de tout ce qui me rapprochait de la féminité.

Mes premiers essayages ont eu lieu dans une petite remise de l’appartement de mes parents. Nous habitions à l’époque dans la ville des Lilas en Seine-Saint-Denis, en face du Fort militaire de Romainville. La tradition oblige.

Ma mère, qui pratiquait la gymnastique, conservait dans un sac, dans le bas d’une penderie, un justaucorps de couleur noire, un collant assorti, et une paire de rythmiques.

Secrètement, lorsque je me retrouvais seule et que tout risque de me faire surprendre était écarté, j’enfilais avec délicatesse et beaucoup de précaution, ces vêtements tant convoités.

Ces instants volés me procuraient beaucoup de bien-être ; j’étais enfin moi-même !

La peur de me faire prendre la main dans le sac écourtait chaque séance. Puis, avec autant de soins, je me déshabillais et rangeais tout, exactement à sa place initiale, en respectant chaque pliage, chaque détail.

Malgré tout, je m’étais imposée des interdits et des limites à ne pas franchir. C’est ainsi que, jamais, je ne me suis pas permise, de rentrer dans la chambre de mes parents pour explorer en cachette le dressing de ma mère ; ou encore, de prendre du maquillage pour faire mes premiers pas en make-up !

J’avais déjà conscience de ma clandestinité, et ce sentiment, associé à une forte culpabilité latente, distillait en moi l’idée naissante de ma différence et de l’éloignement du schéma ordinaire, normatif, de mon sexe assigné.

Une autre réaction chez moi m’avait éveillée au trouble identitaire. J’avais l’habitude d’accompagner ma mère pour faire les courses et la suivre dans ses déplacements, au cœur du centre-ville.

Ayant déjà les cheveux longs et un visage très fins, il était assez fréquent que les commerçants ou certaines personnes rencontrées en chemin, dans les endroits publics, me prennent pour une petite fille. Et bien, avant que ma mère procède à la correction, moi, à l’inverse de la gêne et de la vexation, je ressentais une grande fierté et une forme de reconnaissance de ma légitimité.

J’aurais aimé que ces moments durent une éternité …

Je n’ai jamais évoqué ces questions avec ma mère et encore moins avec mon père. Même si j’étais encore dans l’ignorance et l’innocence de mes jeunes années, je ressentais de manière instinctive que le silence était de mise et je craignais de décevoir mes parents.

Pourtant, j’ai envoyé quelques petits signaux en leur direction, lorsque qu’un beau jour, je me souviens leur avoir réclamé comme cadeau, un grand couffin et son baigneur.

Étonnement, ils ont accepté, et je ne me souviens pas avoir ressenti chez eux le moindre malaise. Sûrement, parce que je possédais aussi d’autres jouets correspondants à mon genre assigné.

Lorsque j’ai reçu ce cadeau inespéré, je me suis empressée d’aller jouer avec, dans un jardin public, pour jouer à la maman attentionnée. Pour moi, jouer à la poupée, c’était naturel.

Pourtant, il y a toujours eu quelque chose qui m’a empêché de parler de ma différence, de cette profonde sensibilité que je ressentais en moi.

Je n’ai jamais réussi à me confier à mes parents, ni à mon frère, à des camarades ou à d’autres proches. Même si j’avais déjà compris que ma particularité pouvait être mal perçue, je savais aussi que j’avais raison de vouloir être moi. En découvrant ma féminité, je découvrais aussi la confrontation avec le monde et ses standards impitoyables !

L’obligation de me cacher a rendu ce que je croyais inné, bien plus complexe à gérer.

Apprendre à se taire, c’est renier ce que l’on est ; comme donner soi-même, un tour de clé dans la serrure de sa propre prison.

À huit ans, je réalisais que j’étais condamnée à vivre dans l’ombre.

Aujourd’hui encore, en écrivant ses lignes, je me dis que c’est atroce et tragique d’avoir subi une telle peine. Je me suis autocensurée, pour ne déplaire à personne !

Si seulement j’avais osé en parler, que serait-il arrivé ?

On m’aurait accompagnée voir un pédopsychiatre ? Ou alors, j’aurais passé un sale quart d’heure ? Ou simplement gagné le droit à une bonne leçon de morale ?

La seule chose dont je suis convaincue, c’est qu’en 1978, on aurait de toute façon cherché à me faire rentrer dans les rangs, quitte à m’étouffer un peu plus pour me re formater !

Contrairement aux merveilleux accompagnements actuels, aucun soutien ou droits ne seraient venus à mon secours.

C’est dans ce contexte de chape de plomb que j’ai abordé ensuite ma pré-adolescence … Puis le cauchemar de la puberté …