14. TRAVERSÉE HIVERNALE

Fin janvier, à la demande de mon endocrinologue, l’analyse de mon caryotype pour éliminer toutes anomalies génétiques a été établi et à clôturé le « bilan de transsexualisme » obligatoire lorsque l’on effectue un parcours officiel. Puis, j’ai revu pour la dernière fois en consultation post-opératoire la chirurgienne qui m’a confirmé la parfaite réussite de ma féminisation trachéale. J’ai eu un petit pincement au cœur au moment de lui dire au revoir, car elle comme moi, savions que nos chemins n’allaient plus jamais se croiser. Je l’ai vivement remerciée, car je voulais absolument qu’elle entende toute la gratitude et l’immense considération que j’avais pour elle.

C’est avec le même esprit de reconnaissance que j’ai réussi à prendre contact avec Sonia l’infirmière anesthésiste qui m’avait tellement touchée par son humanisme au bloc opératoire. Je lui ai écrit une grande lettre pour lui témoigner de mon affection et lui dire combien son attitude et ses paroles bienveillantes m’avaient profondément émue. Depuis, nous échangeons de temps à autre quelques correspondances afin de maintenir la continuité de ce lien amical et pour lui donner les dernières avancées majeures de ma transition.

En février, j’ai été convoquée par le Tribunal de Grande Instance à une audience de la Chambre du Conseil pour être entendue sur les motivations de mes requêtes relatives à la demande de changement de prénom et de mention de sexe à l’état-civil.

Sous la forme d’un huis clos, je me suis retrouvée seule, sans avocat, face à cinq personnes.

Avant même d’ouvrir la bouche pour répondre aux premières questions de la Vice-présidente, j’ai su immédiatement que ce moment solennel et impressionnant par nature allait très bien se passer.

Lorsque je suis rentrée dans cette salle à l’invitation de la greffière, et que j’ai croisée les premiers regards impressionnés, mais surtout bienveillants du Conseil, j’ai tout de suite compris que c’était gagné et que ma légitimité était reconnue. Moi qui étais prête à mener cet ultime combat pour défendre ma cause et me battre avec acharnement, avec pour seule et unique arme redoutable la force de mes mots, j’ai instantanément baissé ma garde, confiante et rassurée. Je n’étais plus en terrain ennemi, bien au contraire, la Justice devenait mon alliée, prête à m’accompagner sur le chemin de la reconnaissance. Cette assemblée, composée majoritairement de femmes, semblait conquise par mes réponses et leur acquiescement fortifiait ma confiance. Je sentais de leur part une totale approbation !

Il faut préciser qu’avant cette audience le Ministère Public avait déjà rendu un avis favorable.

Finalement, c’est complètement détendue que j’ai répondu aux quelques questions du Conseil. Elles reprenaient les grandes étapes de ma transition de manière synthétique et devenaient, au fur et à mesure, de simples échanges et avis donnés sur ma nouvelle condition féminine.

En moins de dix minutes, l’audience se termina et l’affaire fut mise en délibéré pour le jugement rendu un mois plus tard.

Quatre jours plus tard, je poursuivais ma traversée hivernale en me rendant à un autre rendez-vous, cette fois-ci à l’hôpital Saint-Louis, pour rencontrer la psychologue dont le bureau était situé à l’extérieur, juste avant l’entrée du service « Fougère 4″, spécialité de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique.

Cet entretien était pour moi très important, car il permettait de répondre à beaucoup de questions que toute future candidate à l’intervention de réassignation génitale est en droit de se poser.

De plus, elle était à l’origine d’une initiative que j’ai trouvée extrêmement intéressante qui consistait à organiser de manière bimestrielle une réunion autour de la table avec des filles déjà opérées, et d’autres en attente de la chirurgie. Ce libre-échange consistant en un retour d’expérience était vraiment opportun, en effet, qui étaient mieux placé qu’elles pour évoquer toutes les questions relatives à l’opération et à l’après-intervention ?

Deux jours après, les préparatifs de ma future « FFS » (Facial Feminization Surgery) ou chirurgie de féminisation faciale se poursuivaient par des examens d’imageries médicales prescrits par la chirurgienne. Le premier consistait en un examen tomodensitométrique (scanner) du massif facial et pour le second, en une série de clichés de téléradiographies du crâne et de la face.

Le mois de février s’acheva par une merveilleuse soirée passée en la compagnie de Maëlle, une amie formidable, elle aussi en transition, que j’ai tout d’abord rencontrée de manière virtuelle par le biais des réseaux sociaux populaires incontournables, puis concrètement et chaleureusement à Paris, dans des lieux insolites et atypiques dont elle seule connaît parfaitement les adresses. C’est une très belle fille très attachante, brillante et d’une grande intelligence avec un cœur débordant d’amour.

J’aime beaucoup cette complicité innée que nous avons entre nous, entre sœurs. Nos histoires liées par notre transidentité créent une relation puissante instantanément.

Même si nos vécus diffèrent souvent, car la vie est ainsi, il y a tout de même de nombreuses similitudes qui génèrent rapidement le ciment de notre amitié. De ce fait, on se comprend parfaitement et parfois cela nous donne même l’impression de nous connaître depuis toujours. Nous avons toutes entre nous une sorte d’empathie naturelle. Je l’ai souvent vérifié, parfois pour exemple dès le premier appel téléphonique nous sommes restées ainsi deux ou trois heures d’affilées à papoter comme de vieilles copines alors que c’était notre tout premier contact !

Marlana, Clémence et Stéphanie pour ne citer qu’elles riront sûrement en lisant ces quelques lignes évocatrices.

J’abordai début mars, l’ultime étape de mon diagnostique différentiel par un dernier rendez-vous avec le psychiatre de l’hôpital Sainte-Anne, pour l’établissement de mon certificat médical. Une fois rédigé, il est envoyé pour signature à mon endocrinologue, mon psychiatre de ville et à la chirurgienne. Puis, lorsque tous les intervenants ont apposé leur signature, une copie est envoyée à la Caisse Nationale d’Assurance Maladie pour la prise en charge de mon intervention de réassignation génitale et une autre, transmise au Conseil National de l’Ordre des Médecins à titre informatif.

À présent, le printemps arrive enfin et exprime pour moi plus que jamais, le temps du renouveau …

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7. TRANSITION ADMINISTRATIVE, LES PRÉMICES DU COMBAT

La transition administrative est vraiment une étape incontournable lors d’une transition.

Malheureusement, elle a tendance à transformer une simple formalité en un véritable « parcours de combattant », usant et éprouvant psychologiquement et pouvant devenir, à la longue, une mise à l’épreuve pour les nerfs de la requérante.

Moi qui avais déposé mon dossier en mairie un mois avant, je pensais innocemment que cette démarche était vraiment simplifiée.

J’avais rempli simplement le formulaire de l’Annexe 4 de demande de changement de prénom, relatif à l’article 60 du code civil.

Puis déposée le tout à la mairie de ma commune de résidence.

Déjà, j’ai senti que le personnel au guichet d’accueil ne semblait pas à l’aise avec cette procédure et qu’une résistance sous-jacente émergeait de ces locaux administratifs. Plus explicitement, j’ai franchement ressenti une franche opposition à ma demande et j’ai immédiatement compris que ce n’était pas gagné d’avance !

Mais comme d’habitude dans de tels cas, c’est l’outil informatique qui, bien souvent, sert de dissimulateur d’incompétence humaine ou d’alibi de mauvaise foi.

Normalement, au bout de quelques jours, vous devez recevoir une réponse de la part d’un officier de l’état-civil.

Dans mon cas, la boîte aux lettres restait désespérément vide !

J’ai donc relancé plusieurs fois par mail ma mairie qui semblait exposer de manière prolongée mon dossier à la poussière de bureau.

Puis, finalement, début août, je reçois enfin une lettre signée de la main de mon Maire qui me stipule que mon dossier à été « soit disant » tout bonnement adressé au Procureur de la République et que celui-ci me demande plus de justificatifs afin de prouver la légitimité de ma requête.

Déjà, pas mal le délai d’un mois pour en arriver là !

À ce moment précis, tu te dis que la simplification de la loi est une foutaise et surtout, que l’application des lois sur le territoire national est complètement inégalitaire et arbitraire en fonction de l’endroit où tu résides.

Ne lâchant rien, et surtout, doutant de la sincérité et de la bienveillance de ma commune, j’ai pris directement contact avec le Tribunal de Grande Instance de mon secteur pour vérifier la qualité des informations qui m’avaient été transmises.

Et heureusement !

Car en réalité, ils n’avaient rien fait de concret, sauf de me faire perdre un temps précieux !

J’ai donc décidé, depuis ce jour, de reprendre toute l’affaire en main et quitte à me lancer dans une procédure longue et compliquée, j’ai eu l’idée d’effectuer en une seule fois le changement de prénom, ainsi que le changement de mention de sexe à l’état-civil.

Sachant que depuis le 10 mai 2017, une circulaire rendait possible le dépôt de ce type de requête auprès du Procureur de la République sans avoir besoin de l’assistance d’un avocat, autrefois obligatoire.

Je suis donc devenue ma propre avocate, ayant compris que l’application des loi en France était ralentie par des individus réfractaires au changement et que ma démarche initiale, pourtant si simple dans les textes de lois, se transformait concrètement sur le terrain civil en un combat administratif de longue haleine.

J’ai donc constitué sur plusieurs semaines un épais dossier, très conséquent, rassemblant justificatifs divers et variés, quelques photos de moi, attestations d’amis et de proches, afin de prouver la légitimité de ma demande. Le tout accompagné d’une lettre expliquant et détaillant précisément le pourquoi du comment de mes requêtes adressées au Procureur de la République.

Dans la constitution de ce dossier, il est important d’apporter devant le Procureur des preuves concrètes qui démontrent que, dans votre quotidien vous utilisez déjà, dans la limite de la légalité, le prénom qui correspond à votre identité de genre.

De la simple facture, aux mails et correspondances diverses, tout est bon pour appuyer votre requête et asseoir votre légitimité.

Normalement, il n’est plus nécessaire de fournir des certificats et documents médicaux d’endocrinologue et de psychiatre pour effectuer votre demande, mais dans la réalité, force est de constater que c’est souvent le seul moyen d’éviter une fin de non-recevoir.

Pour ma part, j’ai fourni tout ce qui était en ma possession pour transformer ma missive en béton armé.

J’ai déposé mon dossier directement au Tribunal de Grande Instance le 19 septembre 2017, soit presque trois mois après depuis le début de ma démarche.

Vive la simplicité !

Puis, j’ai suivi scrupuleusement l’avancement de mon dossier en appelant régulièrement le service civil du parquet du tribunal de ma circonscription.

Surtout ne rien lâcher, tenir bon, user de beaucoup de diplomatie et de ténacité, auprès de ces instances.

C’est dans ces moments-là que l’on comprends beaucoup mieux le sens profond du mot « PARCOURS » et de tout ce que çà implique concrètement.

Finalement, début décembre, j’ai reçu un courrier du greffier me demandant quelques documents et justificatifs supplémentaires afin de pouvoir finaliser l’instruction de mon dossier.

Cette première étape relative à ma transition administrative introduisait les prémices du combat à venir pour la reconnaissance de ma légitimité.

Quoiqu’il arrive, restez toujours positives, défendez vos droits avec opiniâtreté et combativité à toute épreuve !

Les lois ne représentent pas seulement des textes, mais délimitent les contours de la pensée humaine face aux situations de la vie courante des individus et des citoyens dans une société en pleine mutation.

À nous de faire bouger ces lignes et d’en élargir les limites.

C’est uniquement à ce prix que nous forcerons le respect et obtiendrons une intégration parfaite dans une société civile qui ne mesure pas toujours à sa juste valeur l’urgence de nos demandes face aux difficultés que nous rencontrons au quotidien.