17. RETROUVAILLES & SECONDE DÉLIVRANCE

Le mois de juillet était annonciateur de bonnes nouvelles qui allaient réchauffer mon cœur.

Ainsi, la première se produisit le 2 juillet sur mon lieu de travail, lorsque à midi, je reçus un appel téléphonique du secrétariat de la chirurgienne plasticienne pour m’annoncer que mon intervention de féminisation du visage pouvait avoir lieu dans vingt-deux jours. Elle me demanda si la date me convenait et si je pouvais prendre mes dispositions dans ce délai assez court. Tellement surprise et heureuse, je lui donnais immédiatement mon accord. De son côté, elle se chargeait de me faire parvenir rapidement l’ensemble des papiers dont j’avais besoin pour préparer mon hospitalisation.

Cet événement soudain et complètement inopiné bouleversait et accélérait considérablement la vitesse du déroulement chronologique de ma transition. Le compte à rebours était lancé.

Quant à moi, je suis restée perchée sur mon petit nuage toute la journée, impossible de redescendre, enivrée de joie, je n’arrivais pas à réaliser ce qui m’arrivait ! J’étais juste envahie d’un bonheur intense et frémissais déjà d’impatience. Cette merveilleuse surprise était pour moi un cadeau tombé du ciel.

Très vite, je m’organisais pour faire en sorte d’être totalement prête pour cette nouvelle échéance. J’ai déplacé ma dernière séance de laser et d’électrolyse afin que tout coïncide et se calque parfaitement dans ce laps de temps qu’il me restait. J’ai aussi pris rendez-vous avec ma coiffeuse pour une dernière petite couleur, anticipant le fait qu’après la chirurgie, il me serait impossible de le faire pendant un long moment.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, j’ai eu l’immense joie de découvrir le 8 juillet sur mon téléphone un sms de mon père qui se manifestait pour faire un premier pas vers moi. Cela faisait huit mois et vingt-cinq jours que nous n’étions plus en contact. Le temps avait passé, aujourd’hui, il voulait se rapprocher de nouveau avec un très beau message du cœur : « Bonjour Laureen, c’est Papa, je te souhaite de réussir parfaitement ta nouvelle vie, d’être heureuse et en bonne santé. C’est dur pour moi. Gros bisous et plein de bonheur ».

Émue et touchée par son intention, je répondais rapidement par un autre message accompagné de quelques photos récentes de moi, ouvrant la voie au renouement, établissant ainsi une nouvelle base de dialogue entre nous. Je sentais bien, au-delà de ses mots, la difficulté qu’il éprouvait par rapport à ma situation, semblable pour lui à un deuil de l’enfant passé. Mais l’amour inconditionnel d’un père pour son enfant devait finalement triompher de cette mise à l’épreuve affective.

Nos retrouvailles ont eu lieu dès le lendemain par téléphone.

Très chaleureuses, elles semblaient reprendre spontanément nos conversations là où nous les avions laissées ! Mon père faisait très attention à ne pas me mégenrer et utilisait mon prénom sans jamais commettre la moindre erreur. Je savais que, venant de sa part, c’était un signe indéniable d’acceptation et de tolérance qui me montrait tout le chemin et le travail qu’il avait dû faire sur lui-même pour en arriver là.

Je reconnaissais ses efforts, et lui me reconnaissait enfin !

Ce rapprochement représentait un nouveau départ pour nous deux, une (Re)naissance des cœurs liés bien au-delà du sang, par le sens de l’existence, ce souffle subtil et sacré qui unit les Êtres.

Pour temporiser quelque peu ma fébrilité grandissante et afin de profiter d’un bon moment passé entre copines, je suis partie à une soirée privée organisée à l’occasion des festivités du 14 juillet sur les terrasses des Galeries Lafayette. Avec vue panoramique sur Paris et la Tour Eiffel, ce lieu complètement atypique, baignant dans une ambiance musicale aux couleurs lounge et électro, allait nous transporter dans un voyage à la croisée d’un « Paris by night » façon « Buddha-bar ». J’ai pris beaucoup de plaisir à rencontrer Julia, Clémence, Maëlle, Peach, Fly Ty, Orora, toutes mes sœurs parisiennes. Véritable concentré d’amour sororal, ce groupe d’amies représente à mes yeux l’idéal de la complicité féminine, toujours emprunte de prévenance et animée par la force d’un puissant esprit solidaire.

Trois jours plus tard, je me rendais encore à Saint-Louis, cette fois-ci pour avoir ma consultation d’anesthésie et faire la pré-admission.

Le lendemain, je réalisais la dernière démarche que je souhaitais absolument finaliser avant mon opération, à savoir, récupérer ma précieuse CNI, fruit symbolisant le combat pour la reconnaissance de ma légitimité.

Quelle immense fierté, j’ai ressenti en tenant entre mes doigts cette petite carte plastifiée avec ce « F » apposé sous mon prénom, qui telle une sublime lettrine, scellait et revendiquait ma féminité !

Je n’arrêtais pas de la regarder, comme pour me persuader que tout çà était bien réel et réaliser enfin qu’une page de plus venait de se tourner.

Quand on obtient une chose aussi importante, pour laquelle on a tant attendu et nourri tant de rêves et d’espoir, cela vous plonge dans une sorte d’état de sidération et vous avez besoin d’un certain temps pour admettre que ce qui vous arrive est bien vrai.

Le 23 juillet était arrivé. Je devais rentrer à l’hôpital la veille de l’intervention.

À peine franchie le seuil du hall d’accueil, je recevais un appel du photographe du service de chirurgie me demandant de passer à son petit studio pour effectuer une dernière série de photographies de mon visage. Après quoi, je me dirigeais en direction du service « Fougère 4 ». On m’accompagna jusqu’à ma chambre et, après une présentation rapide, je pris possession des lieux et installai mes effets personnels. Spacieuse, cette chambre individuelle était très bien agencée et comportait une salle de bain avec wc et douche intégrée. Un vrai luxe !

Patiemment, en attendant la visite du personnel soignant, je m’installais confortablement dans un fauteuil avec le livre de mon amie Sandra Forgues « Un jour peut-être … ». Je l’avais spécialement conservé pour qu’il m’accompagne tout le temps de mon séjour. À présent, je pouvais en débuter la lecture et dévorer rapidement les pages de cet ouvrage passionnant et tellement émouvant de par sa sincérité et son authenticité.

Plus tard, j’ai reçu la visite d’une anesthésiste qui me posa quelques questions puis, demanda à l’infirmière Camille de me prélever une numération de référence et RAI (Recherche d’agglutinines irrégulières). Elle me précisa aussi que pour l’intervention et tout le temps de l’hospitalisation, je devrais mettre des bas de contention. Sa dernière question fut en rapport à mon niveau de stress, elle voulait savoir si j’avais besoin d’un anxiolytique pour la nuit. Je lui ai répondu que j’étais confiante et sereine et que je n’en ressentais pas la nécessité.

En fin de journée, on m’expliqua les grandes lignes de l’intervention qui était programmée en toute première position, ainsi que le protocole de la douche préopératoire, accompagné de son kit complet de vêtements à usage unique pour le bloc.

La nuit passa paisiblement.

Réveillée par l’équipe de nuit, je devais me préparer rapidement pour descendre la première au bloc opératoire. Descendue en lit jusqu’à l’immense salle d’attente où les lits s’ajoutaient les uns aux autres au fil des minutes, alignés côte à côte, j’attendais d’être transférée sur un petit brancard et conduite parmi la multitude de salles d’opérations de cet immense complexe.

Mon tour arriva. La première chose qui attira mon attention dans cette salle, fut les croquis représentant le squelette de mon visage, accrochés sur un placard situé derrière la table d’opération. Plusieurs personnes semblaient en étudier attentivement les contours et les détails. La jeune Céline, étudiante infirmière de bloc opératoire et Eric l’anesthésiste se présentèrent à moi et, sans plus tarder, commencèrent à me perfuser et à relier l’ensemble du matériel de surveillance qui était situé sur ma gauche. Très bien installée et complètement détendue, j’observais les préparatifs et les allées et venues de toutes les personnes qui s’affairaient autour de moi.

La couverture chauffante installée sur mon corps me procurait un sentiment de confort et de sécurité comparable à un petit nid douillet.

Puis, apparut la chirurgienne qui s’approcha pour discuter et faire le point avec moi. Avec toute sa gentillesse et sa douceur habituelle, elle m’expliqua ce qu’elle allait faire exactement, à savoir, une frontoplastie suivie d’une génioplastie. Elle m’avait prévenue lors de la dernière consultation qu’elle pourrait être amenée à effectuer une rhinoplastie si toutefois, en réduisant les bosses frontales, une autre bosse générée par l’acte chirurgical apparaissait au niveau de la racine du nez. Tout était clair et précis et je me contentais d’acquiescer à ses propos.

Cependant, un imprévu allait quelque peu retarder le programme. En effet, elle me confia qu’il manquait un matériel essentiel à l’intervention, des pinces à scalp, et qu’il était hors de question d’opérer sans celles-ci. Elle prit le temps de me donner quelques explications techniques et le fait que ces pinces avaient un rôle très important puisqu’elles ont des propriétés hémostatiques. J’étais vraiment touchée par la considération qu’elle avait pour moi, prenant autant de temps à m’expliquer la situation.

Je n’espérais qu’une seule chose, que l’intervention ne soit pas annulée et reportée à plus tard.

En attendant de voir arriver ces fameuses pinces à scalp, Céline, pour me faire patienter, me fit écouter de la musique. Ainsi la chanson « Stand by me » de Ben E. King enveloppa d’une douce atmosphère musicale le bloc opératoire et moi, j’avais tout le temps pour observer minutieusement cette grande salle, alors que d’ordinaire, l’induction rapide de l’anesthésie ne vous le permet pas.

Après un long moment d’attente, l’équipe du bloc décida de me faire retourner dans l’immense salle d’attente. Puis vingt minutes plus tard, les pinces à scalp arrivèrent enfin et on me réinstalla de nouveau dans la salle du bloc opératoire.

Là, tout alla très vite, après quelques grandes inspirations profondes dans le masque posé sur mon visage, j’ai sombré dans l’inconscience sans même avoir eu le temps de me rendre compte de quoi que ce soit.

Après quatre heures d’intervention, j’ai repris conscience bien plus tard en salle de réveil. Je ne ressentais pas particulièrement de douleur, mais juste avant de quitter la salle de réveil, je fus envahie par un très grand coup de chaud accompagné de suées.

Les mêmes symptômes sont revenus peu de temps après, lorsque l’infirmière du service de chirurgie a voulu reprendre mes constantes vitales et a vu s’afficher six de tension sur le tensiomètre !

Elle a eu le bon réflexe de rester avec moi et, après avoir réalisé plusieurs contrôles aux résultats identiques, d’appeler rapidement l’anesthésiste du bloc pour qu’il vienne me voir.

J’étais toujours consciente, mais je ressentais toujours, par vagues successives, ces bouffées de chaleur qui m’envahissaient totalement et me faisaient transpirer. L’anesthésie pour une durée d’intervention aussi longue fut incriminée dans un premier temps, mais le lendemain, après avoir eu une numération, j’apprenais que j’avais perdu beaucoup de sang et que j’étais anémiée.

Il m’était vraiment difficile de rester longtemps debout sans être prise de vertiges et de sentir le malaise vagal arriver à chaque changement de position. Cependant, je souhaitais tout de même me lever brièvement pour me rendre aux toilettes et observer mon visage à chaque passage devant la grande glace de la salle de bain. Contrairement aux jours qui allaient suivre, je trouvais que mon visage n’était pas trop gonflé et les ecchymoses de mes yeux à peine marquées. La chirurgienne m’avait prévenue lors de sa visite en fin de journée, que cela prendrait de l’ampleur dès le lendemain de l’intervention.

Je découvrais aussi autour de ma tête un gros pansement compressif sous lequel étaient visibles deux tuyaux reliés à des redons dont le but était de drainer par aspiration, le sang de la zone opérée.

Je ne pouvais pas encore voir le résultat de la réduction de mes bosses frontales, en revanche, je pouvais passer ma main sur mes arcades sourcilières et constater avec bonheur l’absence de proéminences si gênantes pour moi. J’étais si heureuse et si confiante pour la suite…

La zone qui était pour moi la plus sensible et la plus délicate était celle du menton recouverte par une mentonnière en élasto. Je sentais vraiment une gêne permanente avec un trouble de la sensibilité. Idem pour l’intérieur de ma bouche, avec la présence de fils résorbables situés à la base de ma gencive et de ma lèvre inférieure. Je ne ressentais plus ma lèvre et mes dents du bas.

Souhaitant me recoucher rapidement, je ne résistais pas plus longtemps. Me sentant faible, je n’ai même pas ressenti l’envie de prendre un repas le soir, j’avais juste besoin de m’hydrater.

La nuit qui a suivi a été en pointillé, car la surveillance de mes paramètres vitaux obligeait l’équipe soignante à rentrer régulièrement dans ma chambre.

Le lendemain à J1, le programme de la journée commençait par une prise de sang de contrôle effectuée par Marion. Au résultat de huit virgule neuf d’hémoglobine, l’anémie était confirmée. La frontoplastie est une intervention chirurgicale qui entraîne une perte de sang importante.

Lors de la visite matinale, Aliénor, interne en chirurgie, trouva que je n’étais pas très oedématiée par rapport à ce qui est normalement constaté. Tant mieux pour moi ! Elle m’annonça que mon pansement compressif serait enlevé le lendemain en sa présence.

Côté repas par contre, je devais manger léger ce jour et mixé à partir de J2.

Pour les médicaments, je prenais du doliprane pour les faibles douleurs et de l’augmentin comme antibiotique. Pour commencer à faire dégonfler le visage, les corticoïdes étaient à présent introduits. Mes coquards, bien plus prononcés et étendus qu’hier, étaient impressionnants !

Les seules vraies douleurs intenses, que j’ai pu ressentir durant les deux premiers jours, sont celles qui apparaissaient après chaque repas, lorsque je devais effectuer des gargarismes avec un bain de bouche antiseptique le brossage des dents étant strictement interdit.

Le fait de mobiliser mon menton par ces mouvements de bouche provoquait durant vingt bonnes minutes une douleur soutenue et lancinante dans toute la mâchoire. De plus, avec ma perte de sensibilité au niveau de la lèvre inférieure, il n’était pas évident de boire sans difficulté !

Le soir, pour clôturer la journée, j’avais le droit à une injection journalière d’anticoagulant dans la cuisse.

Bonne nouvelle, ma tension artérielle commençait à remonter et à se stabiliser. Allant mieux, je commençais à récupérer bien vite et j’en profitais pour aller faire une première balade tranquille hors de ma chambre, quitter le service, prendre l’ascenseur pour descendre à l’accueil de l’hôpital et déguster un petit café au distributeur de boissons. Ce n’était pas grand chose, mais après un tel passage, on apprécie ces petits moments de plaisir tout simples.

Les visites nocturnes du personnel étaient dorénavant moins fréquentes et se limitaient à une seule prise de constantes, une évaluation de la douleur et à vérifier le volume de sang recueilli par les redons.

Le 26 juillet était le grand jour, car j’allais enfin découvrir le véritable résultat de l’intervention. Mais avant çà, Marion me préleva de nouveau du sang pour comparer avec les résultats de la veille. Mon hémoglobine remontait péniblement à neuf virgule un, ce n’était pas élevé, mais suffisant pour qu’après-réflexion, les médecins rejettent l’idée de ma transfusion. Il est vrai que malgré tout, je supportais plutôt bien mon anémie.

Comme convenu, Aliénor, assistée d’un autre interne en chirurgie arriva pour déballer mon pansement compressif. Avec d’infinies précautions, ils découpèrent l’ensemble. L’opération ne dura pas plus de cinq minutes. Mes cheveux étaient rigides, et encore pleins de sang malgré le lavage et le brossage qui avaient été effectués au bloc opératoire. Aliénor trouva la cicatrice très belle. J’avais au total trente-six agrafes totalement invisibles sur la tête, car l’incision coronale avait été faite à un centimètre sous la ligne d’implantation capillaire. Un vrai travail de magicienne ! J’avais pour consigne d’effectuer mon premier lavage de tête en faisant bien attention aux redons et aux agrafes. Je redoutais un peu la séquence démêlage.

Lorsque je me retrouvai à nouveau seule dans ma chambre, je me rendis rapidement dans la salle de bain pour découvrir enfin ma tête. Je n’oublierais jamais cette vision : mes bosses frontales avaient complètement disparu, comme si elles n’avaient jamais existé ! Trop heureuse, je n’arrêtais pas de passer ma main sur mon front, je réalisais combien la chirurgienne avait fait un incroyable travail et m’avait libérée du poids qui pesait sur mon visage depuis toujours. C’était vraiment un moment unique et magique !

J’ai littéralement fondu en larmes devant la glace. Mes yeux étaient remplis de larmes de joie et j’éprouvais un bonheur immense mêlé d’une infinie reconnaissance envers celle qui venait d’effectuer ma seconde délivrance !

Sans attendre l’assistance du personnel soignant, je m’employai à faire ce premier shampooing. En réalité, il m’a bien fallu trois ou quatre lavages pour réussir à me débarrasser de tout ce sang résiduel qui avait figé ma chevelure. Le démêlage fut plus facile que prévu, le tout étant d’éviter tout contact entre les dents du peigne et le matériel.

L’infirmière Marion est ensuite venue m’annoncer que les redons pouvaient être retirés. L’ablation de ces tuyaux fixés par un fil et dont une bonne longueur rentre directement dans la plaie procure vraiment des sensations étranges. À cause des adhérences, vous avez l’impression que votre cuir chevelu part avec le retrait du dispositif. Ca ne fait pas mal, mais la sensation est très particulière.

L’autre bonne nouvelle fut que je pouvais être complètement déperfusée.

À moi la liberté !

À J3, Aliénor, très satisfaite de l’évolution, me proposa d’envisager ma sortie pour le lendemain. C’était très bon signe que je sorte seulement après quatre jours d’hospitalisation alors qu’on m’avait annoncé une bonne semaine de rétablissement. Elle procéda donc à un examen minutieux des zones de mon visage opérées pour vérifier l’absence de perte de sensibilité, signe d’atteinte des nerfs faciaux. RAS, tout était OK. J’en profitais pour la questionner un peu sur ce qui avait été fait précisément lors de mon intervention. Elle me confirma que la pose d’une plaque au niveau du sinus frontal n’avait pas été utile, car le fraisage de l’intégralité de mon front avait suffi pour obtenir le résultat escompté. Un agrandissement du cadre orbitaire avait permis d’ouvrir davantage mon regard.

Concernant ma génioplastie de rétrécissement, une ostéotomie à la fraise avait été pratiquée, ainsi que la résection d’un fragment osseux médian avec rapprochement des deux fragments latéraux par fixation d’une plaque avec six vis. De plus, deux auto-greffons osseux avaient été mis en place de chaque côté de la plaque pour permettre un contact satisfaisant entre les deux fragments.

Ses explications claires et de grandes qualités me permettaient de me faire une meilleure idée de ce qui s’était passé pendant que j’étais sous l’effet de l’anesthésie.

Sachant à présent que je sortais le lendemain, je décidais de préparer un petit mot de remerciement destiné à toutes les équipes pluridisciplinaires du service « Fougère 4″.

Cette petite intention était vraiment importante à mes yeux, je ne voulais pas partir sans témoigner de mon infinie gratitude envers celles et ceux qui avaient, à leur façon, contribué à ce formidable changement corporel, m’apportant aujourd’hui un tel épanouissement ainsi qu’une joie de vivre permanente et inaltérable.

J’ai affiché ce mot sur le tableau où figurait ma feuille de surveillance post opératoire. Visible de tous, je signais en y ajoutant un cœur précédé de cet unique mot « Merci ».

J’ai aussi été très touchée par la bienveillance et les paroles de plusieurs infirmiers de jour comme de nuit qui connaissant parfaitement mon parcours, m’ont donné rendez-vous à l’hôpital Tenon, lieu où sera effectué mon ultime délivrance.

Le lendemain matin, le cœur serré, je quittais l’hôpital Saint-Louis, fatiguée, le souffle court, mais incroyablement heureuse et comblée !

Cette expérience supplémentaire, qui s’ajoute au merveilleux parcours vers ma (Re)naissance, est pour moi, une extraordinaire aventure humaine, faite de superbes rencontres, d’émotions intenses et de moments inoubliables !

L’intervention de féminisation du visage m’a vraiment beaucoup aidée à me libérer de ma prison corporelle.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, je ne deviens pas une femme grâce à la chirurgie.

J’ai toujours été une femme prisonnière d’une enveloppe corporelle non-conforme à mon identité profonde, mais une femme.

Chaque geste chirurgical me délivre un peu plus de cet emprisonnement subi depuis ma naissance.

Aujourd’hui, je ne suis plus une captive en souffrance, je suis une femme libre, libre d’être elle-même, libre d’être moi !

Publicités