13. PRISE DE CONTACT

Premier rendez-vous et premier contact avec la Femme qui allait m’aider à féminiser mon enveloppe corporelle. Cette chirurgienne plasticienne symbolisait pour moi, cette main féminine, qui bientôt m’offrirait ce merveilleux cadeau, cette seconde naissance, ma (Re)naissance.

Pour moi, je ne pouvais vraiment pas rêver mieux. Lorsque j’ai appris que c’était elle, qui avait été désignée par l’équipe officielle parisienne pour effectuer ma réassignation génitale, j’étais tellement heureuse.

Je n’arrêtais pas de me répéter intérieurement « Tu te rends compte Laureen, c’est une Femme qui va te donner ton sexe féminin ! C’est une Femme ! ». Je n’en revenais pas et j’ai pensé immédiatement par analogie à ma première intervention de féminisation trachéale réalisée, elle aussi, par la main d’une Femme.

J’avais eu la chance, quelque temps avant cette première prise de contact, de voir une émission télévisée dans laquelle elle était invitée en tant que praticienne hospitalière pour exposer le protocole chirurgical de la réassignation génitale appliqué aux deux sexes.

D’une très grande clarté, elle m’a immédiatement séduite. J’ai beaucoup aimé la qualité de ses explications ainsi que l’incroyable empathie qui émanait de ses propos. C’est une personne douce et sensible qui m’a littéralement conquise.

Et fait incroyable quand j’y repense aujourd’hui, à l’instant même où je buvais ses paroles, je me disais : « Si seulement j’avais la chance un jour, de pouvoir être opérée par elle ! ».

Le destin avait déjà la réponse.

C’est donc à l’hôpital Saint-Louis que je me suis rendue en consultation. Comme à mon habitude, toujours en avance, jamais en retard, je patientais tranquillement pour l’instant seule dans la petite salle d’attente. J’ai tout d’abord aperçu et reconnu la secrétaire médicale et coordinatrice des RCP dont j’avais découvert le visage en consultant le portail internet du réseau parisien de prise en charge de la Transidentité.

Au fil du temps qui s’égrenait, d’autres patientes arrivaient et venaient rompre ma solitude. Physionomiste, j’observais attentivement chaque nouvelle venue en essayant de repérer, dans un petit détail morphologique, l’indice nécessaire pour reconnaître une de mes sœurs.

Entre sourires et regards complices, je constatais que nous nous adonnions toutes au même exercice. C’est ainsi que ce jour-là, je rencontrai Delphine, une grande et belle femme blonde, habillée avec classe et élégance qui allait croiser plusieurs fois mon chemin, et devenir mon Amie. Elle me confia d’ailleurs plus tard que la première fois qu’elle m’avait vue, elle n’avait pas osé m’aborder, ne sachant pas avec certitude si j’étais une femme Transgenre ou cisgenre.

Entre deux consultations, la secrétaire qui accompagnait la chirurgienne offrait un accueil chaleureux et convivial en proposant généreusement des cafés et bonbons, temporisant ainsi l’attente qui se prolongeait. Mon tour arriva et c’est avec excitation et retenue que fébrilement, j’allais à sa rencontre.

Très rapidement, en quelques phrases et quelques mots, je retrouvais en elle l’attitude bienveillante et attentionnée qui m’avait tant touchée. Après m’avoir interrogée sur mes attentes puis exposé les grandes lignes opératoires, elle répondit à mes multiples questions. Elle me rappela qu’associée à ma réassignation génitale l’augmentation mammaire se ferait au cours de la même intervention.

Ensuite, elle m’observa attentivement pour déterminer avec moi les zones de mon visage qui auraient éventuellement besoin d’une chirurgie de féminisation. Toujours à l’écoute, elle nota mes demandes et me livra son expertise de plasticienne. C’est ainsi que furent retenues pour moi la réduction des bosses frontales et la remontée des sourcils afin d’agrandir mon regard. Concernant le tiers moyen du visage, une injection de ma propre graisse ou lipofilling permettrait d’augmenter le volume de mes pommettes.

Puis elle m’invita à me déshabiller afin de m’ausculter et examiner avec moi le choix de la taille de mes prothèses mammaires, pour conserver un aspect naturel et harmonieux avec le reste de ma silhouette qu’elle trouva plutôt menue.

C’est au moment où elle procéda à l’examen de mon anatomie génitale, que moi quelque peu gênée par la situation, j’ai retrouvé toute la délicatesse et le respect de cette jeune femme, qui tout de suite m’a mise en confiance et apaisée par des paroles rassurantes et une attitude empreinte d’une grande déférence.

Toujours en présence de la coordinatrice, installée discrètement à ses côtés, elles consultèrent toutes les deux leur planning pour fixer les dates de programmations des deux interventions. Je pensais devoir attendre au minimum une année avant de pouvoir être opérée, mais elle m’annonça qu’elles auraient lieu dans l’année en cours.

Puis la chirurgienne sortit son agenda, le consulta scrupuleusement et trouva une date qui allait prendre pour moi une haute valeur symbolique, puisque sans le savoir, elle annonça le jour de mon anniversaire.

Pour moi, c’était comme un cadeau du ciel, car la probabilité mathématique de tomber sur cette date n’était vraiment pas à mes yeux le simple fruit du hasard. Renaître le jour de sa naissance était, en quelque sorte, une subtile revanche faite à Mère nature !

Malheureusement, quelques mois plus tard, un retard inopiné dans le traitement de mon dossier allait contraindre la chirurgienne à déplacer cette échéance à une date ultérieure.

Finalement, c’est l’intervention de chirurgie de féminisation faciale qui sera effectuée la première et programmée pour le 4 septembre 2018.

Elle me donna pour cela une ordonnance pour effectuer un scanner cervico-facial et des téléradiographies. Cette consultation très complète s’acheva par une petite séance photo.

La coordinatrice m’accompagna jusque dans le petit studio situé dans le service des consultations afin que le photographe attitré effectue quelques clichés nécessaires en pré opératoire.

Je repartis de Saint-Louis le cœur léger rempli d’une joie immense.

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