11. TRANSGENRE AU QUOTIDIEN – anecdote #1

La première anecdote qui va suivre illustre parfaitement la difficulté que l’on rencontre au quotidien dans les situations de la vie courante, lorsque vos papiers d’identité ne correspondent absolument plus à votre enveloppe corporelle !

J’avais besoin de me rendre dans un laboratoire d’analyses afin d’effectuer un prélèvement sanguin pour contrôler le dosage d’estradiol et de prolactine, suite à mon traitement hormonal substitutif.

Je me présente au guichet, la dame en poste me dit spontanément « Bonjour Madame », saisit mon ordonnance, ma carte vitale, avec encore apposé dessus mon « Deadname ».

Puis, arrive enfin les questions d’usages tout à fait normales que l’on pose lorsque l’on s’adresse à une femme qui vient faire un dosage hormonal.

– « Vous êtes bien à jeun ? »

– « Vous êtes bien entre J10 et J18 ? »

-« A quand remontent vos dernières règles ? »

À ce moment précis, je me suis dit intérieurement « Ton passing est vraiment devenu excellent Laureen ! ». Cette personne tient dans ses mains l’ordonnance et les papiers avec mes anciennes civilités et elle me parle de mon cycle menstruel. Incroyable !

J’étais vraiment partagée, j’avais envie de lui dire « Mais Madame, je n’ai pas de règles, je suis en transition ! ». Et en même temps, j’étais tellement heureuse de vivre cette situation complètement surréaliste que je voulais faire durer le plaisir et profiter jusqu’au bout de ce rêve éveillé.

On a tellement besoin de confiance en soi dans les débuts de notre changement que ces instants-là agissent comme un baume cicatrisant sur vos blessures.

Puis, elle procède à une dernière recommandation : « Ah ! Il y a une prolactine, vous devrez rester au repos 20 minutes avant le prélèvement ! ».

Après avoir vérifié ma date de naissance, mon adresse, et mon téléphone, elle me demande d’aller gentiment patienter dans la salle d’attente.

Jusque-là, tout va bien ! Tout est merveilleux !

Arrive enfin la personne en charge d’effectuer le prélèvement. Elle se dirige vers la corbeille, où se trouve mon dossier et mes étiquettes d’identification. Elle saisit le tout, et là, tout bascule !

Elle me regarde, puis regarde de nouveau mes étiquettes, sur son visage, je perçois l’étonnement et l’incompréhension.

Et là, à haute voix elle s’exclame en direction de ses collègues « Je crois qu’il y a un problème ? ».

Heureusement, je m’y attendais un peu et avec aplomb, je lui rétorque direct « Non, il n’y a pas de problème ! ».

Afin de mettre un terme à cette situation, devenue en un quart de seconde hyper gênante, je me lève et me dirige vers elle en lui répétant une seconde fois « Il n’y a pas de problème ! ».

Là, dans sa tête, les connections neuronales ont du créer un arc électrique de compréhension, car immédiatement, toute confuse, elle s’est excusée auprès de moi.

Heureusement, par chance, la salle d’attente était déserte, mais devant une assemblée conséquente, cette même expérience aurait pu devenir vraiment traumatique.

Elle a de nouveau renouvelé ses excuses lorsque nous étions toutes seules dans la salle de prélèvement.

Voilà le genre de situation délicate qui se produit lorsque vous êtes Transgenre et que vous ne possédez pas encore vos nouveaux papiers d’identité.

C’est vraiment l’expression de cette inadéquation entre l’image que les gens perçoivent de vous et ce que votre état-civil indique !